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L'homme qui voulait être roi

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Denis Sassou NGuesso prête serment samedi 16 avril à 11h. Le texte du nouveau serment n'oblige plus le Président de la République à "garantir le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques,  protéger et respecter le bien public, consacrer l'intégralité des ressources naturelles au développement de la Nation". Tout un symbole. Le président Sassou va oser empocher devant le monde entier le butin obtenu lors du hold-up du siècle, perpétré le 20 mars.

Tribune libre

 

Denis Sassou NGuesso prête serment samedi 16 avril à 11h. Le texte du nouveau serment n'oblige plus le Président de la République à "garantir le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques,  protéger et respecter le bien public, consacrer l'intégralité des ressources naturelles au développement de la Nation". Tout un symbole. Le président Sassou va oser empocher devant le monde entier le butin obtenu lors du hold-up du siècle, perpétré le 20 mars. Les politiques présents, les élus, les hommes d'affaires (1), tous  l'applaudiront à tout rompre, de peur de perdre les avantages et privilèges dont ils jouissent par la volonté du monarque. Ainsi s'achève la séquence électorale ouverte en octobre dernier qui illustre à merveille la difficulté de Sassou à convaincre les Congolais dans les urnes sinon d'obtenir un consensus sur son nom. Cet aspect est caractéristique de son parcours politique depuis son intrusion dans les hautes sphères dirigeantes du Congo.

 

En décembre 1975 face à la situation économique alarmante du pays Marien NGouabi prend l'option courageuse de la " radicalisation". Il entend mener une politique de rigueur financière et de reprise en main de l'économie. Le bureau politique du PCT, le parti-État, est remplacé par l'Etat-major spécial révolutionnaire (EMSR) composé de cinq membres : Marien  NGouabi ( Président de la république), Louis Sylvain-Goma (Premier ministre), Jean-Pierre Thystère-Tchicaya (organisation du parti), Jean-Pierre Gombe (propagande et information), Denis Sassou Nguesso (armée et sécurité). Un nouveau gouvernement de quatorze membres est nommé, dirigé par Louis Sylvain-Goma, ancien élève de Saint-Cyr où il entre en 1961 après avoir fait des études de mathématiques supérieures à Versailles. Il était depuis plus d'un an chef d'État-major général de l'armée.

 

La reprise en main exige l'engagement personnel et le désintéressement des cadres du parti. Mais les difficultés économiques persistent, les contradictions internes se dévoilent, les ambitions politiques de certains responsables politiques alléchés par la manne pétrolière deviennent évidentes. S'y ajoutent des erreurs de gestion éclatantes. C'est dans ce climat délétère que Marien NGouabi est assassiné le 18 mars 1977. Sassou s'impose à la tête de la "commission d'organisation des funérailles du camarade Marien NGouabi" position qui le désigne de fait successeur du président assassiné. C'est d'ailleurs à lui que Valéry Giscard d'Estaing adresse les "condoléances de la France". Mais freiné par ses conseillers soviétiques et cubains, Sassou recule et cède le pouvoir à Joachim Yhombi Opango qui dirige le CMP (Comité militaire du parti) qui a remplacé l'EMSR. Une structure créée ex nihilo, non prévue dans les statuts du PCT. Sassou a reculé mais pour mieux sauter.

 

Ses alliés au sein du parti et de l'armée vont méthodiquement saper l'autorité de Yhombi. Mobutu Sesse Seko, le président zaïrois, mis au courant des manœuvres souterraines des conjurés, tente d'alerter Yhombi, en vain. Celui-ci ne croit pas du tout que sa destitution est programmée.

 

Le 5 février 1979 l'offensive finale contre Yhombi est lancée. Thystère-Tchicaya utilise les statuts du parti pour exiger que le CMP remette le pouvoir au comité central. Dehors les chars de l'armée sont positionnés. Yhombi est contraint d'abandonner le combat et cède le pouvoir. Deux candidats potentiels à la succession existent, Thystère-Tchicaya et Sassou. Le premier est "amicalement" convaincu de laisser tomber, il n'a aucune chance de l'emporter face au candidat de l'armée. Les 36 membres du comité central désignent donc Sassou "président du comité d'organisation du 3ème Congrès extraordinaire du PCT". Il est de fait déjà Chef de l'État. Sans qu'il y ait eu vote. Une habitude chez lui.

 

Octobre 1997. La guerre fratricide déclenchée en mai à Owando s'est achevée par la victoire de Sassou NGuesso aidé par l'Angola et des mercenaires tchadiens et rwandais. Les principaux dirigeants des FDU (Forces démocratiques unies) sont réunis à Mpila pour réfléchir sur les suites politiques de la victoire militaire. La plupart d'entre eux ont incarné l'aile gauche du parti. Ambroise Noumazalaye est pressenti pour diriger la nécessaire transition qui doit préparer le rétablissement de la démocratie au Congo. Alors qu'il est attendu à Brazzaville Sassou se trouve à Oyo. Il y reçoit le PDG de TotalFinaElf, Thierry Desmarets, venu s'informer sur les intentions du pays à propos des ressources minières du sous-sol. Sassou le rassure : avantageux pour le Congo les accords pétroliers signés par le président Pascal Lissouba ne sont pas remis en cause. La compagnie française est invitée à accompagner la création de la SNPC (Société nationale des pétroles congolais), qui va remplacer Hydro Congo, dissoute sans états d'âme. A la sortie de l'entretien Desmarets rend hommage et remercie le "Président Sassou NGuesso". Surprise, stupeur, indignation, colère à Mpila ! Sassou vient de dribbler ses compagnons de lutte une fois de plus. Il s'est auto-proclamé président. Sans vote comme d'habitude.

 

Voilà l'homme à qui la Cour constitutionnelle va remettre les attributs du pouvoir. Un homme qui apprécie par-dessus tout d'être entouré en permanence de courtisans et de flatteurs et utilise l'humiliation collective comme méthode de gouvernement. Sassou fait preuve d'une absence totale de moralité politique et d'intégrité intellectuelle quand il s'agit de conquérir ou de conserver le pouvoir, y compris en ayant recours aux mercenaires politiques et économiques pour mieux dominer le peuple.

Un peuple qui l'a toléré trente-deux  ans durant; un peuple qui a  cru aux belles paroles du "Prince d'Oyo". Mais un peuple désenchanté, qui râle contre les conditions de vie déplorables, les coupures d'électricité, les pénuries, l'accès à l'eau difficile dans un pays gorgé de fleuves et de rivières. Un peuple qui n'ose pas passer à l'action, traumatisé par les conflits politiques fratricides dont il a dû subir les conséquences.

 

Le plus grand succès de Denis Sassou Nguesso est d'avoir infantilisé les Congolais en leur déniant le droit de penser et organiser leur avenir commun. Il a créé artificiellement deux Congo en instrumentalisant les différences ethniques afin de tuer dans l'œuf tout désir de changement et toute alternance politique.

 

Contesté pour l'arbitraire de son pouvoir, la corruption et la concussion des cadres qu'il a choisis, l'arrogance de son clan familial que la captation des ressources minières nationales a enrichi, Denis Sassou NGuesso est aujourd'hui très impopulaire. Mais il n'en a cure. Président il était, président il est, président il sera. L'homme qui voulait être roi l'a décidé ainsi.

 

(1) Sont annoncés pour assister à la prestation de serment de Sassou : Dos Santos de l'Angola, Ali Bongo du Gabon, Idriss Deby du Tchad, Alhpa Condé de Guinée, Youssoufou du Niger, et Ouattara,  le président ivoirien.

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