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Le pasteur Ntumi, gourou libérateur ou marionnette de Sassou-Nguesso ?

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Tantôt opposant, parfois centriste, souvent « partenaire », comme il se définit, du président, sa mission de « délégué à la paix » est un échec patent. Faute de budget, aucun projet n’a vu le jour, admet-il, ni dans le Pool, ni ailleurs. Sur les cendres de sa milice rebelle, le Conseil national de résistance, vivote son microparti politique, le Conseil national républicain (CNR).

Le Monde (10/11)

Une dizaine d’hommes en armes vêtus de treillis dépareillés et d’une écharpe violette montent la garde. Le maître des lieux entre dans le cadre comme une apparition. Démarche assurée, torse bombé et regard implacable, le pasteur Ntumi porte beau avec son costume croisé, violet lui aussi, et ses souliers à bout fleuri. « C’est la couleur sacrée de Saint-Michel et du pasteur Ntumi », dit-il de sa voix grave. Une grappe de disciples suit le « prophète ». Certains sont des malades mentaux que le pasteur prétend soigner grâce à ses pouvoirs. Dans la cour ombragée par cinq manguiers, de jeunes rastas aux regards vides scient du bois, en silence, comme s’ils tentaient, par ces gestes répétitifs, d’effacer les souvenirs des exactions vues ou commises durant la guerre qui a ravagé le pays entre 1993 et 2002. Un échantillon d’une génération de jeunes sacrifiés.

Ancien chef « Ninja » et « messie »

Les hommes sont d’anciens « Ninja », du nom de ces miliciens originaires des quartiers sud de Brazzaville et du Pool qui ont combattu les « Cobras » de l’actuel président Denis Sassou-Nguesso. Le pasteur Ntumi fut leur chef. La voix de Dieu, assure-t-il, l’avait chargé de « libérer » le Pool et de conquérir Brazzaville. Ses hommes ont racketté et semé la terreur avec des armes récupérées pendant les assauts ou acquises grâce à la rente du trafic de drogue.

« Nous avons vécu des moments très durs durant la guerre, mais aussi des miracles car lorsqu’ils nous tiraient dessus, vidaient leurs chargeurs parfois à bout portant, ça ne nous faisait rien, se souvient le pasteur. Dieu m’a parlé et nous a rendus pour certains invincibles. » Ses disciples acquiescent à l’unisson. Toutefois, les civils ont payé le prix fort de la guerre et des délires mystiques de Ntumi. Et le Pool, région pauvre et délaissée par le pouvoir central, reste traumatisé par les violences et privé d’une redistribution même infime des revenus pétroliers accaparés par le clan Sassou-Nguesso.

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