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La clochardisation de la population congolaise

Congo B
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C’est peu dire que le crise financière que traverse le Congo, et dont les responsables sont connus, à savoir Sassou et son clan mafieux lesquels ont pillé les deniers publics, cisaille les congolais. Faut-il rappeler le calvaire que vivent les fonctionnaires, les retraités, les étudiants dont les salaires, pensions et bourse ne sont plus versés parfois depuis bientôt un an ? Faut-il rappeler que le CHU s’est vidé de ses malades, pour cause de grève du personnel ?

Conséquence, chaque jour des commerces ferment, les entreprises privées licencient à tour de bras… Les familles n’arrivent plus à enterrer leurs morts, de sorte que des milliers de corps (3000 dit-on) s’entassent dans les morgues.

Ne parlons pas des pénuries de carburant, d’eau (5 jours la dernière fois sans eau dans les robinets à Brazzaville), des délestages dans la fourniture de l’électricité, qui sont le quotidien de nos compatriotes.

 A vue d'oeil, on voit apparaître dans la société de nouveaux comportements impensables il y a encore quelques années, comme ces nouveaux pauvres, individus hier respectables, qui tendent la main dans la rue, ou les trafics en tout genre surgissant partout. En un mot, la population se clochardise, l'organisation de la survie ne suffisant plus.

Le pire c’est que l’horizon n’est pas près de s’éclaircir, malgré le frémissement du prix du baril de pétrole, le dernier espoir de Sassou et son clan. De fait, le clan mafieux au pouvoir a gagé non seulement la production à venir du pétrole mais il aurait également hypothéqué, au bénéfice de quelque banque turque, les recettes fiscales et douanières pour quelques années. 

On comprend dès lors que Sassou, qui craint l'explosion sociale, qui ne manquerait pas de l'emporter, de manière violente, s’en remette aujourd’hui à des personnalités comme Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, pour jouer les bons offices on ne sait trop ni pourquoi ni comment. A Brazzaville, une rumeur circule selon laquelle le pouvoir clanique, par ce biais, chercherait un moyen de rapatrier des fonds qu’il aurait massivement détournés par le passé et placés dans quelque paradis fiscal ou au profit de quelque grande entreprise des pays occidentaux.

D'autres sources laissent entendre que le dictateur, qui a perdu toute crédibilité, y compris auprès du FMI, en est aux abois et essaierait de faire feu de tout bois.

Le journal « La semaine africaine », qui a retrouvé des couleurs depuis quelques mois, relatant les difficultés du pays, évoque, dans son éditorial, ce qu'il considère comme étant un naufrage. Comment le contredire ?

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La Semaine africaine

 Naufrage

Il n’y a pas que le climat : notre société aussi subit les effets de serre d’une dégradation accélérée qui ne nous étonne même plus. Nous sommes en naufrage car tous les secteurs de la société sont à la peine. Difficultés de transport ; paralysie de notre plus grand hôpital ; mort lente de notre unique voie ferrée nationale; éducation en atrophie; pensions en berne et salaires en titubance… la liste ne commence pas là et elle ne s’arrête pas là.

Dans les bars et dans les quartiers, la réalité est à qui racontera la misère la plus affligeante, la tristesse la plus triste. Racontera-t-on celle du retraité mis en chemin à l’aube pointant et qui se voit signifier au guichet de son agence de retraite que son compte est toujours vide ? Celle de ce père de famille qui arrive à la clinique avec un enfant à l’article de la mort et qui décide d’engager, comme on engage au Mont de piété, son unique parcelle comme gage de paiement ? Ou ces mille et un récits pittoresques de ce professeur de lycée devenu contrôleur de fula-fula et saisi d’une indicible honte devant les huées de passagers récalcitrants – d’anciens élèves ? Ou alors les rébellions de locataires devenus hardis devant des logeurs de plus en plus hargneux et qui n’entendent plus se voir opposé le prétexte de longs mois de retards de salaires pour justifier de longs mois de retards de loyers?

Il semble qu’il n’y a plus un seul secteur qui soit en prospérité, car les maux de la misère gangrènent tout ; la débrouillardise devient la règle. Et c’est à qui piétinera le plus faible, escroquera le plus naïf. Le voisin, l’autre jour, a failli fendre de sa lance une truie des environs au motif qu’il avait « failli » manger son légume !

Le naufrage et la détresse sont tels qu’on ne peut aller pleurer famine chez personne ; attendre un soutien des amis ou de parents. Dans le désarroi total pourtant, la notion de Nation tient, celle de citoyen aussi. Ce n’est pas rien.
                                              
 Albert S. MIANZOUKOUTA

©La Semaine africaine

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