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A force de voir le diable partout, on s'accuse !

politique
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Le climat depuis la fin mai et en ce début du mois de juin a été assez morose au ministère des Postes et Télécommunications du Congo, à l’image d’ailleurs de celui qui pèse sur présidence de la République, même si celle-ci s’efforce de donner le change.

En effet, si la convocation à la hâte des consultations politiques par le chef de l’Etat a connu un certain engouement, après le boycott de ce cirque par l’opposition dite radicale (et même par l’Eglise catholique), celui-ci a été le fait de partis et associations sans assise et inconnus du grand public, accourus se servir à la mangeoire nationale richement garnie au palais.

Le contexte politique national a été de plus dominé par la visite du secrétaire d’Etat adjoint américain chargé de la démocratie, des droits de l’homme et du travail présent à Brazzaville. Ce dernier a martelé un message déplaisant pour les autorités congolaises, à savoir celui du respect de la constitution. C’est dire que pour l’hyperactif et très zélé militant pour le changement de la constitution du 20 janvier 2002, qu’est le ministre des Postes et Télécommunications, les « emmerdements volaient en escadrille », comme dirait l’autre...

C’est dans cette atmosphère que s’est répandue dans la presse nationale et sur la toile l’information sur le démantèlement, par la gendarmerie, d’un réseau de fraude sur le trafic télécom à Brazzaville. Les auteurs de ce détournement des appels internationaux entrants étaient installés dans un appartement situé dans un quartier de la capitale. Lors de leur arrestation, de nombreux équipements électroniques ont été confisqués ainsi que de nombreuses cartes SIM, a-t-on appris.

La gendarmerie a diligenté son enquête à la suite d’une plainte de l’Agence de Régulation des Postes et des Communications Electroniques (ARPCE) introduite le 22 mai dernier. Selon le communiqué de cet organe, ce serait le cinquième réseau illicite démantelé.

De prime abord on pourrait donc penser qu’il s’agit là d’une affaire somme toute banale sous ces latitudes, révélatrice d’un fonctionnement devenu normal de l’administration congolaise, conformément au « Chemin d’avenir » cher au dictateur de l’Alima. D’ailleurs le montant du préjudice subi par l’Etat ne s’élèverait, selon le communiqué de l’ARPCE, qu’à quelques centaines de millions de francs CFA, ce qui est pure broutille dans un pays où le fils du président de la République en charge de la commercialisation du pétrole national ferait disparaître des milliards de francs CFA par le biais de ses structures off-shore ; dans un pays où le ministère des Grands Travaux brasse sans contrôle des dizaines de milliards de francs CFA ; un pays où un dénommé Lucien Ebata s’est fait prendre par la douane française avec, dans sa poche, de la menue monnaie : 182 000 euros tout de même.

Pourtant cette fois-ci, faits nouveaux au pays de l’impunité, les suspects ont été interpellés, déférés et placés en détention provisoire ; pire il semblerait, selon la version de la presse congolaise, qu’ils soient des proches du ministre.

Des proches du ministre ?

Face à cette accusation, l’intéressé a tout de suite sorti son bazooka. Pour tuer des mouches !

Faisant feu de tout bois et selon une méthode éprouvée de longue date, il a curieusement utilisé pour sa défense le faux débat sur la constitution pour expliquer les suspicions qui pèseraient sur les membres de son cabinet et de son entourage.

Dans un communiqué publié par ses soins, il a commencé par noyer le poisson, en soulevant un débat sémantique sur la notion de « trafic de fréquences » maladroitement utilisée il est vrai en l’espèce, sur les réseaux sociaux, avant de se plaindre d’être la victime d’une « campagne de presse ignoble [qui] ne se développe que dans des journaux classés comme d’opposition radicale », cela dans le seul but de «  le décrédibiliser dans sa position d’homme d’Etat et de le disqualifier dans le combat qu’il mène par ailleurs et sans relâche, aux côtés de nombreux compatriotes, en vue de la modernisation de nos institutions et pour l’avènement d’une Nouvelle République ». Diantre !

Sur le fond du dossier, on ne saura donc pas si les personnes impliquées dans ce trafic seraient, comme il a été dit, ses proches. Pourtant un démenti sur ce point n’aurait guère porté atteinte au secret de l’instruction !

La morale de l’histoire est que la ligne de défense qui consiste à botter aussi lamentablement en touche, à faire diversion en convoquant pour sa défense un prétendu  combat pour la « modernisation » des institutions, si elle peut plaire à Sassou, elle n’a fait que renforcer les suspicions qui pèseraient sur lui. Surtout quand on utilise, pour ce faire, le même argumentaire, les mêmes éléments de langage éculés que ceux usités par le passé par d’autres griots de dictateurs africains voulant changer la constitution, histoire de mourir au pouvoir…

Comme quoi, à force de voir le diable partout, on s'accuse !

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