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Le cahier de Sassou
Vendredi 23 mars 2007
" Le coffre de Claudine Munari avait été récupéré par Isidore Mvouba (…) Dans le précieux cahier Claudine Munari avait fait la liste des sommes versées à Dominique de Villepin au Plazza Athenée, ou au Bristol. Précisant les lieux, les jours et les heures. Il s’agissait de la participation du président Lissouba aux bonnes œuvres et au combat politique de Chirac entre 1992 et 1995 ". Voilà entre autres révélations ce que l'on lit dans le livre de l'ami de Chirac..
Lu pour vous par Calixte Baniafouna
Ça y est ! Le tour est joué. Les langues commencent à se délier. L’affaire est dans le sac. Le sac dont il est question ici est l’ouvrage de Jean-François Probst, l’un des meilleurs amis de Jacques Chirac avec qui il a travaillé pendant trente ans (RPR, Matignon, Mairie, Élysée). Ami de Jacques Chirac, mais pas seulement. Il est également l’ami de Dominique de Villepin, le conseiller de Jean Tiberi, le « bras droit de Jérôme Monod, de Charles Pasqua, de Michèle Alliot Marie » et a œuvré sous les ordres du mystérieux… Jacques Foccart.
Il fait des révélations terrifiantes sur Denis Sassou Nguesso, que l’on a toujours pris pour ami intime de Jacques Chirac et qui l’aurait systématiquement remis au pouvoir. C’est loin d’être le cas, Sassou ayant été plutôt réhabilité par Jacques Foccart, un mois seulement avant sa mort. Chirac est, bien évidemment, loin d’être saint dans la malédiction qu’a subi le Congo Brazzaville en 1997, même si, après avoir reçu du président Pascal Lissouba de grosses sommes d’argent en guise de « bonnes œuvres et du combat politique de Chirac entre 1992 et 1995 », il craignait la trahison.
Sous le titre Le cahier de Sassou, Jean-François Probst consacre un passage à part entière de huit pages au moins de son livre à expliquer comment Denis Sassou Nguesso, après avoir trouvé porte close de tous ceux dont il croyait être ses amis, Chirac compris, a été « récupéré » par Foccart, mené ses activités politiques depuis son exil doré à Paris, préparé le coup d’État, piégé Lissouba, déclenché la guerre, pris le pouvoir et géré l’après-guerre.
Je signale en passant que l’auteur du livre est mieux placé pour savoir quand, comment et où ont été exercées ces activités politiques. Il revient sur les lieux que j’avais déjà décrits dans mon livre référencé dans l’article Ni s’excuser ni se justifier, article publié le 13 mars dernier sur le site « Mwinda ». Voilà ce que dit en substance Jean-François Probst :
- « La discrétion devait être totale. Chirac craignait que le président Lissouba ne soit vexé ».
- « Sassou avait un bureau officiel avenue Montaigne et un autre, boulevard Magenta, pour tous les Congolais »
- « Il fallait trouver de l’artillerie. Je n’ai jamais été marchand des canons, mais j’ai aiguillé Oba [Pierre, ndlr] vers un spécialiste à Monaco ».
- « L’histoire officielle dit que le président Lissouba a envoyé un char contre la villa de Sassou, en réalité il s’agissait d’une provocation montée de toutes pièces… ».
La fin de règne de Jacques Chirac est aussi la période que nombre de ses amis trempés dans les « affaires » mafieuses qui ont permis le retour au pouvoir de M. Sassou Nguesso ont choisi pour vider leur sac, faire un grand déballage, déverser ce qu’ils ont sur le cœur, mettre sur la table amitiés, rancunes et regrets, ce qu’on appelle « faire le mea-culpa ». C’est dire que d’autres livres écrits par les proches de M. Chirac sont en cours d’édition.
Alors questions : pourquoi toutes ces révélations faites d’un régime installé par eux-mêmes et qui n’est confronté à presque aucune opposition forte, structurée et capable de s’organiser de façon démocratique pour déposer le dictateur ? Ces révélations seraient-elles un « coup tordu » de Jacques Chirac lui-même qui, pour avoir tiré un trait sur la politique, assuré d’occuper une fonction honorifique au sein des institutions onusiennes pour acquérir une immunité à vie qui l’empêcherait d’aller en prison où l’attend impatiemment la justice française (affaires HLM, frais de bouche, etc.), ne veut pas passer pour le complice qui aura cautionné jusqu’au bout crimes et conneries des dictateurs inconciliables du continent noir ?
Réponse de Jean-François Probst qui estime que, pour son ami Jacques Chirac, la politique n’est qu’une fonction, son métier s’appelle « trahison » et s’explique comme suit (pp. 13-14) :
« Petit, il [Chirac] a poussé son meilleur copain dans l’escalier en jouant à colin-maillard. L’enfant avait les yeux bandés. Il n’a pas pu prouver que Jacques l’avait poussé. Chirac a pu nier devant sa mère. Toute sa vie, il a fait la même chose. Pousser les autres sur le bas-côté. Et continuer sa route en jouant l’innocent. C’est devenu un chasseur de grands fauves. Il aime tuer. Il y prend du plaisir. Sa méthode ? Le poison. La mort lente. Le baiser de l’araignée. L’embrassade mortelle. Paradoxalement, Chirac déteste la vue du sang ou la mort en direct. Pas question pour lui de voir sa victime souffrir à ses pieds. C’est un killer souriant. C’est chez lui un signe qui ne trompe pas et dont il faut se méfier. Quand il sourit, promet la lune et passe la main dans le dos, il faut faire attention au coup de dague… Il préfère frapper quand on ne l’attend pas. Parce que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est que ses victimes ignorent que le coup vient de lui. C’est sa marque de fabrique. »
Pas plus que quiconque, Jean-François Probst est celui qui a le mieux compris que son « meilleur ami » met tout dans le même sac, y compris l’affaire des « disparus du Beach de Brazzaville ». Espérons, pour M. Denis Sassou Nguesso, qu’il n’y a pas, parmi les « amis », un « homme de sac et de corde », le sac étant celui dans lequel il cache ses larcins et la corde celle de la potence.
C’est ça ! kudia na mpesé.
Calixte Baniafouna
Ndlr - Les Congolais devraient lire ce livre. Jean-François Probst y dit notamment comment il a pris connaissance du dossier de M. Sassou au Quai d’Orsay. Sur la mort de Ngouabi : « Sassou et ses amis avaient amené au pouvoir un premier président marxiste orthodoxe, Marien Ngouabi. Et un an plus tard ils l’avaient éliminé. Selon le dossier du Quai d’Orsay, Sassou avait été l’exécutant ».
L’auteur fournit beaucoup d’autres informations importantes sur les tenants et les aboutissants de la guerre de 1997 au Congo…
Lire par aillleurs une interview de Jean-François Probst
" Si Chirac embrassait Sarkozy, ce serait pour mieux l'étouffer "