Retour


Hommage aux Bantous de la capitale

Mercredi 23 mai 2007



Lu dans le journal « Le Monde » (16/5)

Les Bantous à Brazza (à droite, Nino Malapet)
« Les Bantous de la capitale arrivent en France ! Pour les passionnés de musiques du continent africain, la venue de cette formation du Congo fait figure d'événement. Car on la croyait disparue (…) Formé en 1959 à Brazzaville, l'orchestre Les Bantous de la capitale a participé à l'écriture de la bande-son de cette époque cruciale où les deux Congos (Congo-Brazzaville et Congo-Léopoldville) ont gagné leur indépendance. Il interprète la fameuse rumba congolaise, une musique à danser aux accents cubains marqués qui a surgi dans les années 1950, s'est propagée d'abord à Brazzaville et à Léopoldville (rebaptisée Kinshasa en 1966), avant de se répandre dans l'Afrique tout entière (…)

Les Bantous à Brazza (Jean Serge Essous)


L'auteur congolais Wilfried N'Sondé, qui a publié en février son premier roman, Le Coeur des enfants-léopards (Actes Sud), est né à Brazzaville ; il réside à Berlin où il est musicien et chanteur de la formation Wild Koogo. Le romancier se dit " bouleversé " à l'idée d'entendre, à Angoulême, des chansons qui ont bercé les premières années de sa vie. "Je me rappelle la fierté de mon père à prononcer simplement le nom du groupe." Il y avait alors tant de symboles "autour des mots Bantous et capitale". Dans son imaginaire, poursuit Wilfried N'Sondé, ce groupe "est l'affirmation d'une identité congolaise enfin libérée ". »

On ne présente plus vraiment les Bantous de la Capitale, un monument du patrimoine artistique congolais et africain. Lors du passage de ce groupe mythique en France " MwindaPress " a eu le privilège de s'entretenir avec le chanteur Mountouari Côme Kosmos.

- Vous séjournez en France pour une série de concerts ?

- Nous sommes arrivés en effet le 15 mai dernier, invités par le festival d’Angoulême, une ville dans laquelle nous avons donné deux concerts. Avant nous avons été à Coutances. Le 24 mai nous partons à Anvers, puis nous jouerons à Amsterdam.

Kosmos Mountouari, dans les années 70
- Depuis quand les Bantous ne s'étaient-ils plus produits en France ?

- Depuis 1968 par là, à l’époque de « Maswa » si je me souviens bien.

- Les Bantous existent depuis 1959. Quels artistes reste-t-il du groupe de l’époque ?

- Il y a Essous, Nino Malapet, Nkouka Célestin, Mermans, Nganga Edo, Ricky et moi-même. Malonga (Sammy Trompette) est arrivé un peu plus tard.

- Vous-même depuis quand faites-vous partie du groupe ?

- Depuis le 2 mai 1965. J’ai intégré les Bantous une fois l’école abandonnée. Mujos n’était plus dans les Bantous, il était parti et il fallait trouver un autre chanteur. L’occasion m’a été donnée de faire mes preuves.

- Quels jeunes y a-t-il actuellement dans la formation ?

- Il y a parmi eux Dédé qui est à la guitare, Elenga (Ellington) à la basse, Faustin aux synthés, Lambert Kabako au chant.

Savez-vous de combien de chansons êtes-vous l’auteur ?

- Beaucoup, je n’en connais pas précisément le nombre. Une centaine ?

- De ces morceaux si je vous demandais ceux que vous ressortez en priorité ?

Bien sûr dans le travail qu’on fait il y a des œuvres qui procurent peut-être plus de satisfaction mais les œuvres se valent. Je ne fais pas de choix entre elles. Dans le nouvel album que je sors par exemple, il y a des reprises des chansons qui ont marqué le temps et des nouvelles chansons. Comme cela on voit le Kosmos jeune et l’actuel.

- Avec le recul quel regard portez-vous sur l’expérience avec le Cepakos, le groupe que vous avez formé avec Pamelo et Célio ?

- C’était quelque chose de sérieux dans ma vie puisque j’ai fait mes classes avec les Bantous. Des problèmes avaient surgi dans le groupe; il y a eu dissidence. Je n’étais pas seul puisqu’il y a eu aussi Edo, Célestin, Pamelo, Théo, Mermans.

Kosmos (à gauche) en 2007 à Paris. Ici avec Ricky (au milieu)
Essous (en arrière plan) et Nganga Edo) - Photos Cyriaque Bassoka productions

En tout cas nous trois on a trouvé qu’on était en mesure de créer notre ensemble, le trio Cepakos. Il s’agissait aussi de prouver nos capacités, montrer qu’on avait bien fait nos classes dans les Bantous. On a mis en exergue nos qualités.

- Qu’est ce qui a changé dans la musique telle que vous la faisiez à l’époque et aujourd’hui ?

- A notre époque on privilégiait l’art. Le côté lucratif était secondaire. On faisait plaisir aux mélomanes. On faisait des chansons thématiques car à travers la chanson on peut soigner, s’élever spirituellement, corriger les erreurs de la société. Il y avait des messages dans nos chansons.

La différence aujourd’hui c’est qu’il y a beaucoup de monotonie. C’est mon avis.

- C’est dû à quoi justement, de votre point de vue ?

- On ne travaille pas assez ! Un artiste fait du succès, les autres suivent. Avant il y avait une émulation sur les deux rives du Congo mais chaque musique gardait sa spécificité. On sentait la signature de chaque formation. On savait quand Bantous jouait, idem pour l’Ok Jazz ou l’Afrisa.

- Justement quelles sont été vos sources d’inspiration ?

- Avant que je ne vienne à la musique je m’inspirai de Rochereau. Mais j’ai senti qu’il fallait que je travaille beaucoup pour me différencier.

- Parmi les jeunes et les moins jeunes, en voyez-vous qui sortent du lot ?

Il y a beaucoup de jeunes qui sont en train de bien faire. Je citerai, du point de vue du chant Ferré et Fally Poupa. Koffy Olomidé a commencé après moi. Il a sa façon de chanter, il a sa signature. C’est cela qu’il faut faire. Papa Wemba a également innové.

- Quel conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer ?

- Qu’il mesure bien ses capacités. N’est pas chanteur, artiste qui veut. C’est un métier qui demande beaucoup de travail.

- En plus cela ne nourrit pas toujours son homme chez nous !

Passy Mermans et Kosmos à Paris en 2007
- Dans les pays africains en général il ne faut pas toujours compter sur la chanson. Il vaut mieux faire quelque chose en parallèle, au moins dans un premier temps. C’est parfois la considération dans la société qui fait défaut. L’artiste est mis en marge de la société quoique cela commence à changer. Parfois d’ailleurs c’est notre propre comportement qui nous fait perdre la dignité. Mais quand le travail est bien fait, la chanson peut se révéler un grand passeport.

- Pour terminer ?

Je voulais préciser que j’ai un groupe de jeunes que j’encadre et c’est avec ce groupe que je sors mon nouvel album. En fait là je suis avec les Bantous parce que les autorités nous ont appelés pour reconstituer les Bantous historique. Les Bantous sont aujourd’hui considérés comme un orchestre national. Je suis donc comme dans deux ensembles.

Interview réalisé par téléphone par Nzumba M.

Discographie des Bantous (avec des extraits à écouter)

Discographie des Bantous

*************

Les Bantous en France - 2007


Nkouka Célestin et Passy Mermans (chemise jaune)
Celio, Essous et Mermans au micro de Canal Plus, une chaîne de télé française

Passy Mermans , l'auteur de Badetty, C'est sérieux Tantine, Libala ékéséni, Buboté monapélé...


*******

Et aussi Papa Kourand


Papa Kourand ,de son vrai nom Nkouka André vient également d'enregistrer un grand succès au festival d'Angoulème. Papa Kourand, joueur de sanza, a fait partie du Likembé géant, un trio formé en 1959 à Brazzaville par Antoine Moundanda.

Photos Cyriaque Bassoka productions



Les photos des Bantous en France et celles de Papa Kourand ont été gracieusement offertes par Cyriaque Bassoka Productions

***********
Et la mort de Charles Mombaya


Le chanteur Charles Mombaya, 53 ans, qui s'était fait connaître dans la musique chrétienne, surtout en RDC et au Congo Brazzaville, est décédé le 20 mai dernier à Kinshasa.

L'audience de Mombaya, un universitaire, avait largement débordé les églises de réveil. Il était également écouté dans les festivités mondaines.