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Bernard Kolelas et le voyage de Canossa

Samedi/Dimanche 14-15 janvier



La demande de pardon de M. Kolelas au peuple, son voyage à Edou via Oyo où il est allé déposer une gerbe de fleurs, et l'appel de ce dernier à soutenir Sassou continuent de semer le trouble. Le pardon est-il possible devant l'impardonnable ? Que confesse M. Kolelas ? Ce sont quelques unes des questions qu'aborde ici M. Dzéla.


Point de vue


Par Alexandre Dzéla-Mpassy

Je suis certain que le sphinx de Mpila avait eu quelques difficultés à faire comprendre à son clan le bien fondé de sa stratégie visant Bernard Kolelas. Le clan avait sûrement crié au loup dans la bergerie d’Oyo : Bamako, Brazzaville via Paris, l’inhumation pompeuse de l’épouse, la grâce présidentielle et son retour au bercail en plus. La crise de nerfs. C’était trop.

Et puis Kolelas et son entourage sont rentrés au Congo. Et, ils sont allés à Canossa (comprenez Edou-Oyo). Enfin, le clan a compris la stratégie qui subitement devenait plus lisible. Kolelas et son entourage sont allés prêter allégeance au clan Sassou. Cela s’est officiellement traduit par le dépôt des fleurs sur la tombe du frère aîné du clan Sassou.

Symboliquement, c’est un signe de soumission très fort, une reddition avec armes et bagages (la famille et le M.c.d.d.i.) envers le clan Sassou. Ce n’est pas Kolelas qui nous contredira, lui qui d’entrée, a placé N’toumi au rang de frère cadet. S’octroyant celui de l’aîné, qui somme son cadet à une rencontre. Au fait, que se passera-t-il si d’aventure le cadet déclinait cette rencontre ? Kolelas, pour ne pas perdre la face devant le clan Sassou et ceux du Pool qui croient encore en lui engagera-t-il l’épreuve de force envers ceux qu’en décembre 1998, il nommait affectueusement « les combattants de la liberté » ? Ce qui en clair signifierait que le sang coulera de nouveau dans le Pool ?

Une reddition avec armes et bagages


Voilà ce que pourrait cacher les affligeantes déclarations de ces jours derniers. Des déclarations articulées sur son combat démocratique et sur le pardon. Kolelas n’aurait pas provoqué tant de morts, tant de vies brisées, tant de désolation et conduit la région du Pool dans une impasse totale que ces déclarations passeraient pour des canulars ou des farces de mauvais goût. Mais, il y a eu 1993-1994, il y eut juin 1997, il y eut décembre 1998.

Démocratie, concept qui fait tant rêver la classe politique congolaise, qui au demeurant, n’en accepte pas les garde-fous et les contraintes. Démocratie, qui ne se limite pas aux beaux discours ou aux embrassades de fin de Conférence Nationale, mais exige surtout une certaine éducation de la classe politique devant la conduire. Démocratie, dont le point de départ est dans la connaissance de soi, critiques et contrôles constants de soi-même, sens aigu et toujours plus affiné des responsabilités personnelles. Cette grandeur essentielle qui manque encore au microcosme politique congolais. David. Charles Ganao s’était écrié à la Conférence Nationale Souveraine de 1991, que la Démocratie était une culture. Ajoutant qu’elle était l’expression d’une révolution profonde des structures mentales et morales. Ce n’était donc pas du jour au lendemain ou pour cause de Conférence Nationale Souveraine, que les leaders politiques Congolais deviendraient des Démocrates. Qu’une élection, même au suffrage universel, n’en était pas le gage. Il aurait donc fallu que le responsable politique congolais commence par soi-même, à devenir un être humain libre et de bonnes moeurs, se reconnaissant comme un univers de contraires. Il aurait donc fallu que le responsable congolais soit assez cardiaque pour comprendre qu'il ne lui était pas permis de supprimer l'autre, de l'écraser, de jouer au " rouleau compresseur ". Que rien ne l'autorisait à forcer les autres à lui ressembler. Comprendre et apprécier positivement le point de vue de l'autre, sans nécessairement le partager. L'harmonie ou si l’on veut bien, la Démocratie, ne supprimant pas les différentes voies, mais les accordant. Comme le dit si bien J. Lacroix, lorsqu’il affirme que le signe distinctif de l'homme du dialogue, c'est qu'il écoute aussi bien qu'il parle, et que parler sans avoir d'abord écouté, était un monologue. En revanche, à vouloir affirmer son point de vue ou celui de son groupe, des concepts tels que " Paix ", " Liberté ", " Dialogue " et surtout " Démocratie " deviennent dangereux. On juge un arbre par ses fruits…

On juge un arbre par ses fruits…


Le discours de la Baule de F. Mitterrand ne pouvait donc pas rendre lisible le combat de Kolelas. Parce que d’une part ce n’était pas au président français de faire la Démocratie au Congo et de l’autre, F. Mitterrand parlait d’aides qu’il liait à la tenue des élections démocratiques. Il me semblait entendre de Gaulle dans son discours de Brazzaville en janvier 1944, en plein conflit mondial, promettant les Indépendances. L’accession des pays africains à l’Autonomie interne, puis à la Souveraineté, qui serait l’aboutissement d’une longue période transitoire, et close par la mise en oeuvre des institutions issues de la Loi cadre du 25 janvier 1956. Voici donc deux événements qui se ressemblaient, à trente ans d’intervalle. En 1960, les Africains n’avaient nullement réfléchi à la problématique de l’Indépendance. C. de Gaulle leur faisait cadeau d’un Drapeau, d’un Hymne, d’une Constitution, et d’un tracé appelé Frontières. En 1990, L’Afrique noire n’avait nullement réfléchi sur la problématique démocratique. Et surtout si notre mental d’Africains pouvait accepter et appliquer toutes les contraintes générées par ce système. Il fallait aller aux urnes afin de recevoir des aides promises par F. Mitterrand. Autant, C. de Gaulle avait été en 1960 l’homme des indépendances, autant F. Mitterrand se voulait être l’homme de la Démocratie en 1990. Il y eut alors des Conférences nationales, des élections. Ce fut le défilé de modes, pour les résultats que nous connaissons sur le continent. On ne juge un arbre que par ses fruits…

Ainsi donc, citant F. Mitterrand dans son discours de la Baule, Kolelas aurait mieux fait de se focaliser sur ce qu’avait déclaré J. Chirac au sujet de la Démocratie qui était un luxe pour les Africains. J. Chirac, connaissant mieux les Présidents africains, sous entendait que les Africains n’ayant jamais pu relever les défis plus simples qui s’imposaient à eux, dans leur cadre de vie, ne pouvaient pas relever celui de la Démocratie. Il disait simplement que: Les élections ne changeraient rien à l’affaire. Les intérêts de la France et le sous développement mental des Africains ne permettaient pas pareil changement, pareille rupture. En 1990, il n’était nullement question de remettre en cause un système jugé déficient et non productif, la France acceptant et assistant tous les Présidents issus d’un coup d’Etat. F. Mitterrand voulait simplement changer de mode. Il y avait eu les Explorations, l’Esclavage, la Colonisation, les Indépendances, le Monopartisme, et en 1990, il y aurait la Démocratie. Toutes ces étapes avaient été soutenues, entretenues, financées par la France. La preuve ! Tous les Présidents africains issus du monopartisme présents à la Baule, organisateurs des élections étaient réélus. Sauf Denis Sassou Nguesso. Mais, là aussi les congolais connaissent la fin du film. Et comme jusqu’à présent, on n’a toujours jugé un arbre que par ses fruits…..

Que confesse B. Kolelas avant de faire cette requête ?


Et J. Chirac eut raison. B. Kolelas sait que le Congo a toujours été dans le pré carré français. Aussi bien du temps du socialisme bantou prôné par Massamba Débat que celui scientifique, triomphant et tonitruant de Ngouabi, relayé par Yhombi et dilué par Sassou Nguesso. Et, Kolelas de revenir sur le discours de la Baule et la chute du mur de Berlin.

Et voici que B. Kolelas qui a toujours émaillé ses discours des références bibliques, ésotériques et symboliques, a demandé pardon. Il sait que le pardon est d'inspiration nettement religieuse, et spécifiquement chrétienne. Le pardon est toujours de personne à personne. Les Ecritures Saintes, l’enseignement de Jésus, souvent jugé scandaleux ou impraticable demandant d’aimer ceux qui vous ont fait mal, en se fondant sur la perfection de Dieu, sont dans toutes les mémoires. Il est certes que le pardon est une force, cette force est pour celui qui a souffert dans son être. Celui qui accorde le pardon à son bourreau. En revanche pour le bourreau qui fait la requête, lui qui a posé des actes inhumains, la force est dans ce qu’il avoue avoir fait. C’est cette démarche qui est sa force. Et Kolelas sait que le pardon n’est accordé qu’à celui qui a confessé ses fautes, ses péchés. Que confesse B. Kolelas avant de faire cette requête ?

Le dramatique vécu du Congo en général et du Pool en particulier, devrait nous obliger à nous poser ces questions. Devant tant d’inventivité dans les horreurs commises, depuis la Conférence Nationale, force est de se poser la question : le pardon est-il possible devant l'impardonnable ? Paraphrasant V. Jankélévitch qui proclama que « le pardon est mort dans les camps de la mort », je dirai donc qu’au Pool, le pardon est mort dans les forêts en décembre 1998. Il y a une impossibilité de pardonner des crimes impardonnables. Des crimes sans mesure, sans précédent, sans comparaison possible avec quoi que ce soit d'autre, et qui échappent à toutes nos catégories morales aussi bien que politiques. Alors appartient-il aux parents des victimes de pardonner à la place de ceux qui sont restés en forêt ? Pardon impossible, puisque les victimes qui pourraient pardonner ne sont plus là pour le faire. On ne peut pas non plus vouloir effacer un passé ineffaçable. On ne pardonne qu’à celui dont le visage ne se confond pas avec une entité générale ou abstraite.

Ainsi donc, le pardon évangélique ne semble pas pouvoir être transposé comme tel dans la sphère politique, où dominent les relations publiques impersonnelles, le règne de l'extériorité et de l'apparence, où les dispositions intérieures ne sont pas prévalentes. Ainsi le pardon évangélique interprété politiquement se heurte à l'impossibilité de pardonner des crimes aussi lourds qu'un génocide programmé et très généralement ce qu'on appelle les crimes contre l'humanité, car pareils méfaits échappent totalement aux perspectives du pardon évangélique par leur ampleur même. On voit mal comment en ces cas, innover, ouvrir un avenir, si le déni de méfaits passés en est la condition. Le pardon devant certains crimes équivaudrait en fait à une intenable banalisation, une minimisation. Aussi la conscience universelle en vient-elle à parler de « crimes imprescriptibles ». Actes hors norme sociale, hors finalité réconciliatrice, hors quotidienneté, et donc étrangers au « domaine des affaires humaines », autrement dit à la politique. Ni politiquement justifié, ni psychologiquement fondé à opérer un travail de deuil. Même si la délimitation et la définition de tels méfaits restent sujettes à discussion, il apparaît bien que l'on a affaire à de crimes tels, par l’ampleur et la barbarie des actes, que le pardon semble ici impraticable.

Le pardon est-il possible devant l'impardonnable ? Le pardon est mort dans les forêts en décembre 1998


La Commission Réconciliation et Vérité en Afrique du Sud, drivée par Monseigneur Desmond Tutu, avait su trouver l’espace idéal entre Justice et Pardon. Un espace où la Vérité était dite et où les parties adverses étaient entendues. Les bourreaux en face des victimes. A la Conférence Nationale Souveraine en 1991, Son Excellence Monseigneur E. Nkombo voulant sortir de l’enfermement, avait convaincu les Congolais que s’ils acceptaient l’idée que le pardon était quasiment insurmontable, ils concédaient du même coup que mal était tel qu'il ne pouvait être vaincu, donc qu'il emprisonnait. Ils ne feraient ainsi que reconduire les haines, les incompréhensions, les accusations réciproques, et ruineraient à juste titre une condition essentielle de l'action humaine. Si donc, le passé ne passait pas, alors il n'y aurait donc ni présent, ni avenir autres que répétition du même passé. Alors, en 1991, à la Conférence Nationale Souveraine, le pays a suivi le Prélat. Le Congo a pardonné. Et, ils ont recommencé dès 1993. Les pratiques de lustration, instaurées au Congo avaient abouti à éviter les tribunaux pour des hommes qui ont emprisonné arbitrairement, torturé ou contribué à la tyrannie au nom de leurs responsabilités. Pire encore, fut le cas où des assassins ont été admis dans des gouvernements dits de réconciliation pour gérer les populations qu’ils ont massacrées. Comme des procès ont été voulus impossibles, soit parce que trop gens étaient impliqués, soit parce qu'on cherchait à mettre un terme à une situation qui saignait le pays, la justice a été comme suspendue. Partant, on a perpétué le crime, on a enfoui dans les mémoires des haines rentrées qui ont donné des fruits vénéneux.

La Conférence Nationale Souveraine de 1991 a été un dialogue de sourds, un jeu de dupes, qui ne pouvait nullement consacrer la Démocratie. Trois mois durant, la crème congolaise a distrait le pays, trois mois durant, ils ont amusé la galerie. Un célèbre juriste fit état des loyers impayés. Un officier supérieur dévoila les infidélités de son épouse qui faisait bénéficier ses charmes à un militaire entre temps devenu puissant. Et la Constitution ? Aucun ne la respectera. Le seul trait de génie vint encore de Sassou Nguesso qui se posa en victime expiatoire en assumant. Il fut le parfait bouc émissaire. La crème congolaise cria haro sur celui qui fut jugé responsable de toute la misère nationale. Et, on eut la conscience en paix. Et, ils recommencèrent dès 1993.

Et comme, depuis des temps immémoriaux, on a toujours jugé un arbre par ses fruits, Kolelas devrait donc nous avouer ce qu’il faut lui pardonner. Alors, et seulement alors la région du Pool, peuple martyrisé saura ce qu’il faut faire.

Alexandre Dzéla-Mpassy (Créteil, janvier 2006).

Ndlr - Les intertitres sont de Mwinda

Ndlr - Les intertitres sont de Mwinda

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Avis de décès

Un deuil frappe la communauté congolaise de France. En effet Bruno LOUZALA, professeur certifié de gestion et économie est décédé le samedi 7 Janvier 2006 à Reims (France), à la suite d’un accident cardio-vasculaire.

Le corps de Bruno LOUZALA a été transféré de la ville de Reims au Funérarium de Saint-Maur (dans le vieux Saint-Maur), au 40 avenue de la Libération, Métro RER A station Saint-Maur les Fossés.

La levée de corps aura lieu le mardi 17 janvier 2006 à 9 heures au Funérarium de Saint-Maur. Le corps sera exposé à l’église Saint-Nicolas de 9 heures 30 à 11 heures. Une prière sera dite pour le repos de son âme.

Pour tout contact :

Tél. : 06 87 37 31 06 ou 06 84 58 03 09 ou 06 60 80 73 01 ou 06 63 61 34 14.