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Expulsions d'enfants de sans-papiers en France

Mardi 13 juin, 8h15



La fin de l’année scolaire en France, c’est pour les enfants de sans-papiers et leurs familles l’annonce d’une possible arrestation, puis d’une expulsion, en pleine période de vacances. Contre ces pratiques inacceptables, de nombreuses personnes se mobilisent, surtout dans les écoles, pour empêcher les expulsions et protéger les enfants.

Il y a quelques jours, le député du parti socialiste Jean-Paul Bacquet a reproché à M. Sarkozy, ministre de l’Intérieur et probable candidat de l'UMP (le parti de Chirac) à la présidentielle, d'avoir laissé des policiers faire irruption dans une école maternelle au moment où il annonçait mardi un geste envers plusieurs centaines d'enfants de sans-papiers. Les deux enfants du Mans ont été par la suite expulsés vers la Norvège en compagnie de leur mère, une mesure qualifiée de " démarche de honte " par la FCPE, première fédération de parents d'élèves.

L’occasion de lire un excellent texte de l’hebdomadaire « Le Canard Enchaîné » à ce sujet.


Passe pas ton bac d’abord !


Le Canard Enchaîné

Ce n'était pas prévu au programme. Normalement, les simples citoyens auraient dû s'en battre la gidouille. Et même applaudir en chœur : une expulsion musclée de clandestins, ça fait un beau spectacle télé, non ? C'est supposé plaire aux électeurs de Le Pen, mais aussi au Français moyen. Sarko donc y allait franco : au karcher les clandos, et pas de quartier !, les femmes et les enfants d'abord, j'veux du chiffre !

Mais voilà : nombre de gamins sans papiers étaient scolarisés. A l'école, ils s'étaient fait des amis. Les profs s'y étaient attachés. Leurs parents avaient sympathisé avec d'autres parents. Un vrai scandale. d'ailleurs : les gens sympathisent avec des étrangers sans même vérifier si leurs papiers sont en règle. Quand les flics avaient débarqué en classe pour expulser les gosses, les parents d'élèves et les profs s'étaient mobilisés. A Créteil, Châtenay-Malabry, Sens, Migennes, Metz, Orléans... Ils avaient caché des enfants menacés, alerté la presse, monté des réseaux. Et ce n'était pas seulement d'affreux altermondialistes ou des culs-bénits prêts à accueillir toute la inisère du monde ! Non : il y avait aussi des gens normaux.

Ce n'était pas prévu au programme. Sarko prônait « l’immigration choisie ». Et voilà que les gens, les simples citoyens, l'avaient pris au mot : ces sans-papiers, ils les avaient choisis. Eux-mêmes. Pas sur ordre d'en haut. Pas sur quotas. Pas à cause de leurs « talents et compétences ». Pas sur simple désir patronal, j'ai besoin de trois informaticiens pas chers, quinze balayeurs au lance-pierre, deux cents ouvriers du BTP bon marché. Non, simplement à cause de cette chose toute bête qu'on appelle la sympathie. Et voilà que ces résistants aux mots d'ordre sarkozyens non seulement s'organisaient, formant le « Réseau Education Sans Frontières », mais qu'ils se mettaient à signer une pétition par laquelle ils s'engageaient à protéger ces élèves (1). La semaine dernière, ils étaient ainsi 30 000 inconscients se disant prêts à cacher ces enfants étrangers menacés d'expulsion, et donc prêts à risquer en toute connaissance de cause 5 ans de prison et 30 000 euros d'amende...

Ce n'était pas prévu au programme. Cet élan de solidarité. Pour calmer le jeu, Sarko a stoppé les expulsions d'enfants jusqu'à la fin de cette année scolaire. Histoire de mieux s'y remettre dare-dare dès la fin des cours à partir du 30 juin, il va y avoir 10 000 gamins à virer sur-le-champ (sur 15 millions de bons petits Français scolarisés), y a bon les statistiques ! Bonjour les petits nenfants, vous avez bien travaillé en classe ? Oui ? Alors dehors. Pourquoi ? Parce que vous êtes des envahisseurs. Vous êtes toute la misère du monde. On ne vous a pas invités. Moi je veux des immigrés en état de marche, scolarisés, formés, éduqués dans leur pays. Pourquoi ? Parce que ça ne me coûte pas un rond. évidemment ! On ne vous a rien appris à l'école ? Justement, disent profs, parents, élus pétitionnaires. Ils ont commencé leur scolarité ici. L'interrompre net, les renvoyer étudier chez eux, pour les faire revenir ensuite vaguement diplômés, c'est un mauvais calcul : tordu, bancal, même pas économique. Mais pas facile de faire comprendre ça à l'élève Sarko...

Jean-Luc Porquet

(1) www.educationsansfrontieres.org. Lire aussi : « Ecoliers. vos papiers » d'Anne Gintzburger (Flammarion).

© Le Canard Enchaîné 31/5/06.

Ndlr - A savoir que le même " Canard Enchaîné " (7/6) rapporte que lors d'un conseil des ministres Sarkozy aurait eu ces mots : " les [enfants] mineurs de 1945 n'ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d'aujourd'hui qui ont moins de 18 ans et qui font peur à tout le monde ".

Le " Gri Gri International " [N°44], avait pour sa part écrit que le ministre de l'Intérieur français aurait déclaré, lors des violences urbaines, sur la foi d'observations des services de renseignement, que " ce sont curieusement les Noirs plutôt que les Arabes qui sont violents ». Et de préciser les identités remarquables, en particulier « les Ivoiriens et les Congolais ». Dans ces pays d'Afrique, la violence serait " culturelle ". A transmettre à Sassou....

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Sarkozy : " Les Noirs plus violents que les Arabes "