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Guy Menga : « Si je possédais le remède qui peut guérir notre pays de son mal chronique, je n'aurais pas hésité à le lui apporter… »

Jeudi 19 mai, 6h05



Mwinda : Peut-on dire que votre retour au Congo-Brazzaville, votre pays natal, au début des années 90, après une très longue absence aura été un rendez-vous manqué ?

Guy Menga : Rendez-vous manqué ? Pas du tout ! Car, je suis revenu au pays au moment où il fallait. Le moment décisif où il fallait mettre à bas la dictature du parti unique, le PCT. Cela fut fait de belle manière sous la poussée de la volonté du peuple. Je n’eus qu’à m’en féliciter en retrouvant un peuple demeuré combatif.

Mwinda : Au fond, avec le recul, quelle est votre analyse de ce qui s’est passé entre 1991, année de la Conférence nationale souveraine, année de tous les espoirs, et 1997, année de la grande guerre civile ?

G.M. : Il est une situation devenue immuable au Congo-Brazzaville, notre pays, depuis 1968. Elle consiste à tout faire pour empêcher par tous les moyens, la région du Pool, à occuper le sommet de l’Etat. Ceux et celles de nos compatriotes qui nieraient cette évidence, devraient être traités de menteurs. Il n’existe pas un seul cercle occulte en dehors de cette région qui ne brûle un cierge ou qui n’immole un poulet noir pour obtenir de l’au-delà cette faveur. Cette démarche fonctionne aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre pays. En 32 ans de régime oligarchique, elle n’a enregistré qu’un bref répit : ce fut durant la période de transition. Et ce n’est pas demain la veille que cette situation prendra fin. Il suffit de relire avec un peu d’attention l’histoire de notre jeune Etat.

Après les élections générales de 1992, le processus démocratique fut bien mis sur les rails suivant les instructions de la CNS et le souhait exprimé par la Communauté Internationale. Mais, sous le prétexte que les leaders du Pool ne montrèrent pas d’enthousiasme pour le régime issu de ces élections (comme si en politique on a déjà vu un perdant danser pour fêter la victoire de l’adversaire), Pascal Lissouba, le Président démocratiquement élu, va déclencher contre les habitants de Bacongo et du Pool, la répression que l’on sait. Cette erreur grave finira par prendre les dimensions de faute fatale en 1997, quand il voudra l’appliquer contre le Général de M’pila. On connaît la suite. Le Pool, manquant de vigilance comme toujours, va faire les frais de ce duel entre anciens marxistes-léninistes désormais parrainés par les pétrodollars.

Mwinda : Quelque part, ne vous sentez-vous pas aussi responsable de ce qui s’est passé au Congo dans ces années-là ?

G.M. : Je ne me sens responsable que d’une chose : le fait de m’être trop investi avec d’autres compatriotes qui y croyaient de toute la force de leur âme comme moi, dans la réussite de la CNS et l’exécution des actes qu’elle avait pris. Si, avoir accompli ce devoir pour soutenir les aspirations légitimes de notre peuple est une faute, alors je l’assume.

Mwinda : Regrettez-vous, par exemple, d’avoir été ministre, et en l’occurrence ministre de la Communication ?

G.M. : Je me suis toujours efforcé de faire de mon mieux dans les tâches que mon pays a bien voulu me confier, que ce soit dans l’enseignement où je fus Directeur d’école ou à la RTC (Radio-Télévision Congolaise) où j’eus la charge des programmes durant de nombreuses années avant de diriger cette maison. J’ai donné le meilleur de moi-même. Mon pays n’a pas eu à s’en plaindre, que je sache. De la même manière, j’ai assumé mes responsabilités au niveau du ministère de la communication en suivant (peut-être trop à la lettre) les recommandations des actes de la CNS, concernant le domaine si délicat des médias. Il fallait surtout éviter que les forces politiques en présence, ne s’emparent des médias publics et n’en fassent le même usage que le Parti Unique. Ce qui, vous vous en doutez bien, aurait été préjudiciable à la suite de la Transition.


" Je me suis toujours efforcé de faire de mon mieux dans les tâches que mon pays a bien voulu me confier "



Mwinda : On vous a reproché d’avoir voulu sanctionner des journalistes en les envoyant travailler à l’intérieur du pays, alors que vous saviez bien que les conditions n’étaient pas réunies. Est-ce que ce n’était pas une maladresse regrettable ? Le referiez-vous aujourd’hui ?

G.M. : Oui, si c’était à refaire, je le referais ! Car, il n’a jamais été question de sanctionner qui que ce soit. Le remplacement aux postes de responsabilités des journalistes du PCT par d’autres plus aptes à traduire la volonté du peuple souverain, est chose courante dans toutes les rédactions et les départements de programmes de tous les médias publics. Y voir une intention de sanctionner relève de la mauvaise foi. Mes confrères (les détracteurs patentés exceptés) ne pouvaient donc pas dire que c’est pour les sanctionner que j’avais envisagé de les affecter en brousse.

D’ailleurs pour avoir négligé (ou fait preuve de naïveté) d’opérer des changements au niveau de la presse présidentielle, j’eus un jour la désagréable surprise de constater que les journalistes affectés au palais continuaient d’opérer sous la pression du PCT. En effet, l’un d’eux annonça un soir, sans en référer à l’autorité de tutelle, l’ajournement sine die d’un voyage du Premier ministre en Belgique et aux Etats-Unis. Ce fut la plus monstrueuse désinformation commise publiquement par un fonctionnaire sur les ondes d’une radio d’Etat. Je dus monter personnellement au créneau pour réparer la catastrophe. Puis le lendemain, je pris la décision qui s’imposait : amoindrir considérablement l’influence de la presse présidentielle. On cria au tribalisme ! Normal. Les trois quarts des agents de la presse présidentielle étaient originaires du Nord et le ministre qui les rappela à l’ordre du Sud. Pire, du Pool ! Point n’est besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre ces choses-là, n’est-ce pas ? Il serait trop long de raconter ici pourquoi j’avais affecté des journalistes à l’intérieur du pays. Résumons cela en disant que je voulais donner la parole à la brousse trop négligée et trop abandonnée à elle-même. Là aussi, je fus coiffé du bonnet du tribalisme primaire. Même RFI, mon ancien employeur, y mit son grain de sel en annonçant urbi et orbi sur ses ondes : « Les journalistes congolais ont taillé en pièces Guy Menga, leur ministre !... ». Heureusement pour moi, je ne le fus que virtuellement. Ils sont vraiment impitoyables, les pouvoirs de l’ombre lorsqu’ils veulent frapper ceux qui échappent à leur contrôle…

Mwinda : L’échec de ce que l’on a appelé « Les Forces du Changement », n’est-il pas imputable, au fond, au fait que chacun des grands leaders de l’opposition dont vous faisiez partie, avait privilégié plutôt sa petite chapelle ?

G.M. : Cher confrère, vous commettez la même erreur que bien des observateurs qui ont cru voir en moi un leader politique en puissance. A travers le monde, nombreux sont les écrivains, les journalistes, les médecins, les banquiers, les enseignants qui se mettent au service de la politique. Sont-ils pour autant des politiques ou des leaders politiques ?

Quand, après 20 ans d’exil volontaire en France, je reviens au Congo en 1991, j’ai 56 ans. Ce n’est pas à cet âge-là que l’on entame une carrière politique, voyons ! A cet âge-là, on prend seulement des responsabilités d’aîné ou d’ancien, pour montrer aux cadets qui le veulent bien, les petits trucs qui aident à gérer la vie terrestre ou qui sont indispensables dans la conduite des affaires, surtout celles qui concernent la gestion d’un clan ou même d’un pays parfois.

Car, jusqu’à ce que la Révolution vienne déclarer caduques nos coutumes, les choses fonctionnaient de la sorte chez les Bisi Kôngo, toutes ethnies confondues. Donc, je n’étais pas, au moment de mon retour au pays (et ne serai jamais) un leader politique. Soit dit entre nous, il y a pléthore de leaders politiques chez nous. Résultat : La machine est grippée ! Quant aux Forces du changement, certes elles ont existé au lendemain de la CNS. Mais trop disparates et ne disposant ni de moyens ni de temps suffisants, elles n’ont pu s’organiser en quatorze mois pour transformer l’essai en un point de la victoire.


" Je voulais donner la parole à la brousse trop négligée "



Mwinda : Concernant cette période, vous avez écrit un livre intitulé « La Transition escamotée ». En quoi, d’après vous, a-t-elle été escamotée ?

G.M : La Transition de 1991-1992 fut escamotée parce que, la Conférence Nationale Souveraine à peine terminée, commença dans l’ombre, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, la préparation active de la reprise en main du pays par ceux qui venaient de perdre le pouvoir. Avec le concours de ceux qui, sur le terrain de la guerre économique que se livre sur notre dos les maîtres du monde. Ces derniers craignaient de perdre leur situation de monopole au Congo. Tous vont donc s’employer à discréditer au mieux la Transition. La tâche est d’autant plus facile que deux des institutions de la dite Transition, sont conduites par deux amateurs de la politique, originaires du Pool de surcroît : Mgr Ernest Kombo, Président du Conseil Supérieur de la République puis André Milongo, Premier ministre du Gouvernement. A la présidence de la République, le Général Denis Sassou Nguesso, homme de confiance de Paris et « bokilo » d’Omar Bongo Odimba, lui-même « caution judicatum solvi » de la Francophonie en Afrique Centrale.

Manœuvrer dans de telles conditions, ne fut donc pas une tâche de tout repos pour le CSR et le Gouvernement. Le Congo devrait leur tirer le chapeau pour avoir réussi à organiser, dans un tel imbroglio des élections municipales, régionales, législatives, et présidentielles en quatorze mois. Un coup de chapeau également à Denis Sassou Nguesso qui accepta de jouer le jeu. Il n’empêche, cette période de Transition, parce que trop courte et trop agitée, fut empêchée de jouer à fond le rôle qu’elle aurait dû jouer, à savoir celui de conserver uni le tissu du consensus national qui avait présidé aux assises de la CNS. Mais qui ne sait pas que le « diviser pour régner » a horreur de l’unité nationale ?

Enfin, la Transition congolaise issue de la CNS de 1991, fut escamotée parce que ceux qui auraient pu l’aider, suivant leurs propres promesses à la Baule et ailleurs, promesses consistant à récompenser tout Etat africain engagé dans la voie conduisant à la démocratie, refusèrent d’attribuer au Congo-Brazzaville la fameuse « prime à la démocratie ». Nous avions oublié que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, même quand elle émanent des palais qui traitent nos pays de républiques bananières.

Mwinda : Quelles sont vos relations aujourd’hui avec André Milongo, votre ancien Premier ministre ?

M.G : Elles sont demeurées bonnes en dépit du fait que j’aie tiré mon épingle du jeu. Quand il m’arrive d’évoquer le bout de chemin que nous avons fait ensemble, en vrais amateurs bravant des professionnels chevronnés prêts à faire de nous une seule bouchée, je me dis parfois, qu’armés de la seule mémoire du passé, de la volonté et du courage, les hommes politiques, fussent-ils peu expérimentés, peuvent, avec peu de moyens, réaliser de belles choses. Sortis du même moule façonné par la CNS, Milongo et moi avions compris que la suite à donner à la souveraineté de notre peuple, n’était pas le mépris, mais l’écoute de ses observations légitimes et permanentes. Bien évidemment, cela était tout sauf de la politique !

Mwinda : Etes-vous retourné au Congo depuis la guerre ? Si non, pourquoi ?

M.G : Je n’ai pas revu le Congo depuis mon dernier voyage qui remonte à 1993. Le moral en prend un rude coup chaque jour qui passe. Mais que faire ? Je préfère suivre encore le dicton populaire qui dit : « Zinga kia ya ngandu, yebelela ga nseko » ( On ne plonge pas dans le bassin du crocodile !). Mais si je possédais le remède qui peut guérir notre pays de son mal chronique, je n’aurais pas hésité à le lui apporter. Hélas !...


« Attention : toutes les nouvelles danses ne sont pas bonnes à exécuter ! »


Mwinda : Quels sont vos espoirs pour le Congo aujourd’hui ?

M.G : À 70 ans, je ne pense plus au Congo d’aujourd’hui mais à celui de mes petits-enfants. Ce Congo-là, je l’accompagne de mes prières. Je le souhaite vivement plus humain, plus uni, et surtout moins cannibale. Ce Congo-là, en dépit de ce qui pourra l’entraver comme celui d’aujourd’hui, devra tout mettre en œuvre pour faire vivre décemment ses populations. Il devra tordre le cou à la fatalité qui veut qu’il demeure pauvre malgré les immenses richesses de son sol et son sous-sol. Ce Congo-là devra construire un nouveau « mbongi » où tous ses enfants trouveront à manger et débattront calmement du concept de la palabre. Car la palabre à l’africaine, c’est la recherche du consensus par la négociation et non par l’épreuve de force. C’est un beau rêve, pas vrai cher confrère ?

Mwinda : Certes, mais à 70 ans maintenant, que pouvez-vous dire aux jeunes à qui incombe la lourde tâche de bâtir le Congo et l’Afrique de demain ?

M.G : Aux jeunes de l’Afrique et du Congo de demain, je dis, en ma qualité d’Ancien : Attention ! Toutes les nouvelles danses ne sont pas bonnes à exécuter, surtout avec précipitation dans l’obscurité.


« Je dois à ma langue maternelle la culture qui m'a permis d'exister et de me faire connaître »



Mwinda : Vous êtes un homme politique, mais vous êtes surtout connu comme écrivain (Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1969 avec « La palabre stérile »). Dramaturge, vous avez fait sensation avec deux pièces de théâtre : « La marmite de Koka-Mbala » (1966) et « L’oracle » (1967). Pourquoi n’avez-vous plus écrit de pièce de théâtre depuis ?

G.M. : Je le répète, je ne suis pas un homme politique au sens que lui donne la modernité. Je suis un patriote parmi tant d’autres. Un patriote qui, par la force des choses, a pris place au débat politique à un moment précis de la vie du pays quand celui-ci a fait appel à moi. S’agissant de mes activités d’écrivain, si j’en crois les relevés que me font parvenir régulièrement mes éditeurs, « La marmite de Koka-Mbala », « Moni-Mambou » et « L’affaire du silure », continuent à être de grands succès de librairie en Afrique. Je ne peux que m’en réjouir. Cependant, comme mes admirateurs le savent, c’est par le théâtre populaire que je suis entré sur la scène littéraire. Cela, je ne l’ai jamais oublié. Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, j’ai continué d’écrire ( et j’écris encore) pour la scène. En voici une preuve :

- Okouélé, veuve rebelle (monté et joué le 8 mars 1971 à Brazzaville);
- Tsia buala, le griot insoumis (monté et joué à Paris en 1974 );
- Bia téka, à vendre (écrit en 1995 et donné en lecture publique en 2003 à Paris);
- Deux têtes, un tronc commun (jamais monté, ni lu en public);
- Les otages du Guinarou, (écrit en 2001, jamais monté ni lu en public);
- Muana popi, en langue kikongo-lari (écrit en 2002, jamais monté ni lu en public);
- La poupée des airs (écrit en 2004, adaptation en français de Muana Popi)

Aucune de ces pièces n’est éditée. Le théâtre est un genre qui se vend mal quand il n’a pas été porté à la scène. Or, monter une pièce de théâtre en France relève du casse-tête chinois auquel je refuse de me frotter, n’ayant pas les moyens. Ces pièces existent et seront certainement éditées un jour, c’est l’essentiel.

Mwinda : De même, en ce qui concerne le roman, il semble que le compteur s’est arrêté sur « Case de Gaulle ». Est-ce que je me trompe ?

G.M : Mon œuvre romanesque n’est pas non plus au chômage. Elle s’est surtout enrichie de récits destinés à la jeunesse dont certains sont au programme scolaire dans plusieurs pays en Afrique. Les Nouvelles Editions Ivoiriennes ( NEI ) s’apprêtent à sortir « La brigade des agoutis » en cinq tomes. « Les inédits de la case à piment » (Nzo za nungu) sont encore en quête d’un éditeur. Bref, je suis un conteur et un passionné de mots et de la parole populaires. Tant que ces mots et cette parole résonneront en moi, je leur donnerai libre cours.

Mwinda : Dans le domaine littéraire où vous avez véritablement excellé, vous vous êtes essayé à tous les genres, sauf à la poésie. Pourquoi ? Et lorsque j’ai eu la chance de vous rencontrer pour la première fois il y a quelques années, vous parliez d’un projet de livre en kikongo. Où en êtes-vous avec ce projet ? A quoi correspond ce défi d’écrire en kikongo ?

G.M. : Ma poésie est essentiellement en langue kikongo-lari. Deux recueils ont déjà vu le jour :

- Ga mbazi'a m'kungi (1983)
- Zonza kua ngoma (1994)

Ces deux plaquettes qui n’existent que sur disquette, vont faire l’objet, en partie du moins, d’un enregistrement sur CD. En français je n’ai produit qu’une plaquette aux Editions NEMAF de mon frère cadet, Nkouka-Menga. Il s’agit de : « Une pensée pour Béa » (Béa, on le sait, étant le petit nom affectueux donné à Brazzaville par les artistes, les chanteurs notamment ).

En kikongo-lari, j’ai également écrit deux contes, un roman et une pièce de théâtre. Je dois à ma langue maternelle, la culture qui m’a permis d’exister et de me faire connaître. Cette langue est la sève de la patrie de mes ancêtres même si (pour parodier Joséphine Baker) je peux chanter : « j’ai deux amours, le kikongo et le français… ». Pour la postérité, il fallait que je me fasse le devoir de laisser des écrits en langue maternelle. J’ai aussi écrit en lingala, sous le contrôle d’Anne-Marie Kidiba, la pièce intitulée « Ndako ya Ndélé », jouée à Brazzaville en 1969.

Mwinda : Comment, selon vous, se porte la littérature africaine aujourd’hui ?

G.M : Si vous parlez de la littérature africaine de langues étrangères, je constate qu’elle ne manque pas d’auteurs talentueux, mais surtout de mécènes, chez les francophones en tout cas. Alors, depuis des années, elle hiberne et attend. C’est dommage pour la génération qui la pratique.

Mwinda : De quels écrivains congolais vous sentez-vous le plus proche ?

G.M. : Incontestablement de Jean Malonga. Lui et moi avons été nourris à la chikouangue et au saka-saka pimentés de la Kwangu ancestrale. La Kwangu ancestrale étant l’autre nom de l’ancienne province de Nsunsi au temps de Mâ Kimpa Vita. Jean Malonga et moi avons mêlé nos effluves dans les eaux légendaires de Lufulakari. Lui, dans « La légende de Mpfoumou Ma Mazono » et moi dans « La marmite de Koka-Mbala », nous avons fait vibrer les cordes du « lungunzi » pour accompagner le départ du soleil à Mpemba… U Tamsi m’a laissé bouche bée. Ses vers incisifs et rugissants produisent vraiment des gargouillis dans « Epitomé » et « Le ventre ». Mes cadets, Dongala et Labou Tansi ont également ébranlé la quiétude de mon esprit par leur « mayela ma zonza ».

Mwinda : Quels sont les écrivains africains qui occupent une place de choix dans votre bibliothèque et pourquoi ?

G.M. : Léopold Sédar Senghor associé à Aimé Césaire, pour avoir jeté un immense pavé dans la mare avec leur Négritude. Puis Mongo Béti, resté fidèle à son engagement et pour avoir personnifié l’intégrité de l’intellectuel africain.

Mwinda : Quels sont les écrivains que vous admirez en dehors de l’Afrique ?

G.M. : Victor Hugo, Gustave Flaubert et Albert Camus sont demeurés depuis le collège mes écrivains consultants pour l’apprentissage du français. Du beau français, je voulais dire. Grâce à Alejo Carpentier dont j’ai dévoré en deux nuits « Le siècle des Lumières », j’ai commencé à m’intéresser aux écrivains latino-américains. J’en profite pour dire aux jeunes, il faut lire. C’est très important dans la vie.

Mwinda : Avez-vous un ou des livres de chevet ?

G.M. : Non ! Parce que je relis rarement le même ouvrage à plusieurs reprises (sauf pour les essais et les biographies). Je préfère garder la première impression que j’en ai gardée.

Mwinda : Comment expliquez-vous cette tendance des écrivains congolais à vouloir s’engager en politique ? Je pense bien sûr à vous-même, mais je pense aussi à J-B Tati-Loutard, H. Lopès, Sony Labou Tansi, Sylvain Bemba, T. Obenga, M. Ndébéka, J-P Makouta-Mboukou, et j’en oublie peut-être… C’est curieux, non ?

G.M. : Il faudra poser la question à ceux de mes confrères encore vivants ou bien relire les confidences ce ceux qui nous ont déjà quittés. J’ai déjà dit, en ce qui me concerne, pourquoi j’ai été attiré passagèrement par la politique. Je ne peux répondre que de mes actes dans ce domaine, pas de ceux des autres. Mais peut-être bien que notre dénominateur commun se trouve dans notre refus, en tant que « nzonzi », d’être de simples spectateurs au « mbongi » où se joue la comédie humaine dans notre pays.

Mwinda : Pour terminer, quelles sont les deux ou trois choses que les personnes de votre génération n’ont pas réussi à faire pour aider l’Afrique à s’en sortir et sur lesquelles les jeunes générations devraient être attentives ?

G.M. : - Premièrement : éviter d’exécuter trop longtemps et avec trop de nonchalance les danses exotiques;

- Deuxièmement : relire attentivement l’Afrique dans ses masques initiatiques;

- Troisièmement : réapprendre à mâchonner la noix de kola en buvant à petites gorgées du vin de palme non frelaté;

- Quatrièmement : préférer la technique du « m’tondia » (anguille d’eau douce) à celle du « kimbuhula-m’kama » (grillon d’eau) en cas de franchissement d’une digue boueuse;

- Cinquièmement : s’efforcer de lancer le regard dans la même direction que Nelson Mandela au sortir de la prison de l’Apartheid.

Propos recueillis par Marc Talansi.