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Sassou Nguesso encore plus fort qu'un chef de la mafia
Jeudi 23 février, 7h30
Libres propos
Par Musi Kanda
Il n'arrête plus de s'illustrer. Il avait déjà la réputation d'être un putschiste, un chef de guerre et un dictateur. Sa carte de visite vient de s'enrichir d'un nouveau titre de gloire. Il est désormais connu comme un corrompu notoire. A vrai dire, ce n'est une découverte que pour ces technocrates aveugles de la Banque mondiale et du FMI, pas pour les Congolais ni la presse internationale et toutes les chancelleries présentes à Brazzaville.
Ce que l'on sait moins en revanche, c'est la structure mafieuse de la famille qui a fait main basse sur le Congo. En effet, les Sassou n'ont rien à envier aux plus célèbres familles de la Cosa Nostra et de la Camora. Cette affirmation n'est pas qu'une simple vue de l'esprit. Comme toute organisation mafieuse, le clan Sassou « cherche à contrôler les marchés et les activités où l'argent est abondant, circule en numéraire (argent liquide) et est facile à dissimuler au fisc » . Comme toute organisation mafieuse, elle a réussi à instiller la peur au sein de toute une population qui en a ras-le-bol, mais n'ose pas l'exprimer publiquement de crainte de se faire tuer. C'est le règne de l'omerta imposé à 3 millions d'individus. Les hommes politiques se réclamant de l'opposition en sont la parfaite illustration. Eux ne craignent pas de se faire buter, ce n'est plus de saison. Mais de crever de faim. Etant tous fonctionnaires ou retraités de la fonction publique, ils ne sont pas à l'abri des représailles du genre une petite et stupide « erreur » qui se traduit souvent par des mois de retard dans le paiement de leur salaire ou de leur pension. Ça fait réfléchir avant d'aller crier partout que notre président est un corrompu.
On m'objectera qu'il n'est pas sérieux de comparer un chef de l'Etat à un parrain sicilien, dont la discrétion est la règle, même s'il lui arrive de recourir quelques fois à des méthodes brutales pour imposer sa loi. Malheureusement si. Certes, les Sassou ne sont pas des proxénètes, mais le président en exercice de l'UA est un véritable parrain qui distribue des prébendes et veille scrupuleusement sur les siens. L'argent de la corruption généré par l'exploitation des ressources naturelles du pays (pétrole, bois, diamants, etc.) joue, pour lui et sa famille, le même rôle déterminant dans la constitution primitive du capital que celui, pour les mafieux, du trafic de la drogue, de la contrebande des cigarettes, des paris clandestins et autres activités illicites. L'une des raisons de son retour sanglant au pouvoir ne sont pas à chercher ailleurs.
Les Sassou ont beaucoup appris de la mafia. Ils sont modernes. Ils investissent en masse dans la téléphonie mobile, l'hôtellerie haut de gamme, le transport des hydrocarbures, la banque, l'immobilier, la communication, le transport aérien, les matériaux de construction. Officiellement, Sassou n'est propriétaire d'aucune entreprise. Mais ses descendants, ses proches parents, ses gendres, ses fidèles serviteurs sont présents partout, sans compter les hommes de paille plus ou moins discrets, bénéficiaires quasi exclusifs des marchés publics.
Seule différence notable avec un chef de famille de la Cosa Nostra obligé de travailler en toute discrétion, Sassou n'a rien à craindre. L'ordre c'est lui. L'armée, la police et la justice sont à sa disposition pour renforcer sa mise en coupe réglée de tout un pays. Le rêve quoi.
En véritable capo di tutti capi, le chef des chefs (mafieux), il nomme les adjoints que sont, dans l'ordre, les officiers généraux et supérieurs, les ministres cobra, les ministres fidèles serviteurs tels que les Ntsiba. Il ne sait rien refuser à ces hommes d'honneur chargés de récolter le produit du racket et qui contribuent à renforcer le pillage institutionnalisé du pays. En échange, une impunité totale leur est garantie pour services rendus. Les plus entreprenants héritent de véritables fiefs et de rentes tels que Gokana et Dabira. Au Congo, le gouvernement est une fiction. Les ministres ne servent à rien (à part s'enrichir personnellement, ce qui n'est déjà pas si mal). Ils sont tous doublés par un membre du clan qui décide à la place du ministre. Tout est géré par le conseil familial. Exactement comme chez les Carleonesi.
Crimes contre l'humanité, vols, détournements de fonds publics, corruption, rackets, chantages, rien ne les arrête, rien ne les fait peur. Dans un pays normal, quelques uns d'entre eux seraient déjà au trou. Mais pas au Congo (comme au Gabon et au Togo) où ce qui reste de l'Etat se confond avec les intérêts familiaux du dictateur corrompu.
Le pire pour ce pays, c'est que si l'éviction de Sassou du pouvoir est un préalable à tout espoir de changement, son départ ne réglera pas du jour au lendemain tous les dégâts qu'il aura causés pendant son interminable règne. Le changement réel exigera des efforts constants pendant plusieurs années pour remettre au travail une société entièrement gangrenée par la corruption. Je souhaite bien du plaisir aux prétendants à sa succession.
Musi Kanda
NDLR - Lire également un curieux document signé des " Nouveaux Denisiens " circulant sur Internet. Son titre :
La saignée permanente ou le pillage du trésor congolais
A lire une énième
interview de Sassou par... François Soudan
Et aussi
Sassou veut mourir " aimé "
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Il a empoché la coquette somme de 15,5 millions de dollars au jeu soit plus de 8 milliards de F. CFA (près de 13 millions d'euros). De quoi payer le salaire mensuel des trois quarts de la fonction publique congolaise...
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