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Entretien avec Christian Mounzéo
Jeudi 2 mars, 6h00
Après l'accord de la Banque mondiale du 25 février sur la réduction de la dette en faveur du Congo, " Mwinda " a demandé son sentiment à Christian Mounzéo, Président de la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH) et Secrétaire Exécutif de la Coalition Congolaise Publiez ce que Vous Payez.
Christian Mounzéo - Que pensez-vous de la décision prise par le Board de la BM d'accorder son aval pour que le Congo accède à l'initiative PPTE ?
Christian Mounzéo - Nous en sommes encore à nous demander le sens exact du message que vient de donner la Banque Mondiale à l’endroit de la société civile et aux citoyens congolais. Il s’agit d’un message incompréhensible, voire insaisissable. Nous sommes véritablement interrogatifs, car l’engagement du Congo vers le point de décision de l’initiative PPTE est pour le moins curieux dans les conditions actuelles. Ce n’est qu’une vérité de Lapalisse que de reconnaître, au regard des informations disponibles, une gestion approximative des revenus pétroliers par le gouvernement.
Cependant, personne ne nous a dit au sujet de la dette, comment et pourquoi nous sommes arrivés à contracter une dette si importante, pour laquelle même nos enfants doivent payer, alors que les fonds relatifs à cet endettement massif n’ont pas servi à développer le pays, bien au contraire. Vous avez suivi comme nous, qu’au travers le jugement de la Cour royale de Londres, il a été mis en lumière la pratique par le gouvernement de montages financiers complexes destinés, via des sociétés écrans, à dissimuler les recettes pétrolières. Le Premier ministre congolais a fait à ce propos des aveux publics, prétextant que ces montages servaient à contourner les créanciers du Congo. Toutefois, le Premier ministre n’a pas expliqué pourquoi la vente du pétrole par la SNPC aux sociétés écrans se fait à des prix inférieurs au marché, pourquoi les sociétés écrans font-elles des prêts à la SNPC à des taux exorbitants, avec des délais de remboursements excessivement courts, pourquoi les revenus de ces transactions ne sont pas versés directement au trésor public, pourquoi l’assemblée n’est pas informée de ces combines etc. Les écarts dans les chiffres, les détournements de fonds sont aujourd’hui avérés et retardent en définitive les avancées en matière économique et empêchent alors la mise en œuvre d’une réelle politique de réduction de la pauvreté.
Dans les conditions actuelles, nous estimons que réduire la dette du Congo serait une forme de blanc seing accordé au gouvernement pour poursuivre sa politique de prédation des revenus au détriment de la majeure partie du peuple. L’allègement de la dette doit avoir un impact positif dans la vie des populations, il ne doit pas servir à pérenniser un système qui renforcerait la misère des populations.
Sur les conditionnalités qui ont été fixées et notamment sur les audits pétroliers, quel est votre sentiment ?
A la lumière de toutes les révélations de ces dernières semaines, nous avons la conviction qu’exiger des conditions renforcées et des critères spécifiques pour le Congo dans sa marche vers le point d’achèvement, est essentiel. Cela dit, nous croyons que ces critères doivent fondamentalement être orientés vers des objectifs de lutte contre la corruption ; pour permettre aux autorités d’œuvrer absolument et résolument en faveur de plus de transparence, de prévention de la corruption, et de sanctions des dérives.
A ce stade, le FMI et la Banque Mondiale se doivent d’être davantage vigilants. Les professions de foi des pouvoirs publics ne les conduisent pas en général à aller au fond des choses. Elles servent à franchir des caps, et non à révolutionner le système qui a donné les gages de son incapacité à résorber la situation et le contexte actuels. Pour preuve, les audits de la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) se font régulièrement depuis trois ans. Les conclusions auxquelles ils aboutissent sont toujours les mêmes, à savoir : des faiblesses dans les moyens déployés pour les contrôles internes, des risques énormes de fraudes de ce fait, voire l’impossibilité d’auditer des comptes etc. Pourtant, le FMI et la Banque Mondiale savent que les recommandations et autres plans d’action adoptés à l’issue de ces audits ne sont jamais mis en œuvre. Le suivi du processus conduisant au point d’achèvement devra prendre en compte ces faiblesses dans les politiques des institutions financières précitées.
Il nous semble opportun de renforcer le débat interne, et d’impliquer réellement la société civile dans ce processus. Les engagements pris ne doivent pas se limiter à des proclamations. Un débat démocratique doit enfin être entretenu autour de cette question, et le gouvernement doit tenir compte des avis et opinions émis autant par les citoyens, la société civile que par les partis d’opposition.
Le communiqué de la Banque mondiale a évoqué la certification des comptes par une " commission nationale d'anti-corruption.". On imagine, que comme d'habitude M. Sassou y nommera ses proches. Peut-on avoir confiance ?
La question n’est pas de savoir si nous pouvons avoir confiance ou pas. Le problème se situe plutôt au niveau des résultats que pourrait atteindre ou obtenir une telle commission, avec quelle marge de manœuvre, et quelle volonté des pouvoirs publics peut-elle agir pour arriver à lutter réellement contre la corruption. Aujourd’hui encore, malgré tout ce qui se dit sur la gestion des revenus pétroliers, il y a dans le pays des personnes qui affirment l’inexistence des détournements et de la mauvaise gestion. Même lorsque le président de la République a dénoncé publiquement le phénomène de corruption, pour autant, l’impunité des auteurs des actes de corruption a été garantie.
L’on ne devrait pas également perdre de vue, la disparition en janvier 2005 du portefeuille ministériel chargé du Contrôle de l’Etat. Cette disparition peut être interprétée comme une volonté de pérenniser ce phénomène rétrograde, au moment où le détenteur de ce portefeuille s’activait à dénicher les prédateurs de l’économie, au point de déranger l’establishment. La lutte contre les dérives de gestion au sein de l’administration publique a été interrompue, du fait que ce chapitre n’a plus fait partie des priorités gouvernementales.
Pour tout dire, au Congo, l’on sait créer des commissions, pour les effets d’annonce, mais il ne leur ait donné aucun contenu, aucun moyen, aucune indépendance pour travailler et obtenir les résultats attendus. D’où là aussi l’implication dans ces structures des citoyens, des membres de la société civile indépendante, et non ces groupes montés dans l’intention de manipuler l’opinion.
Avez-vous des informations sur ce qui s'est passé à Washington ? On parle de marchandage
Bien entendu qu’il y a eu marchandage. Le Président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, en a récemment attiré l’attention des membres du Conseil d’Administration de la Banque, sur la nécessité de prendre vite une décision sur le Congo. Au cours d’une discussion informelle avec les membres de ce conseil d’administration, il n’a pas hésité de déclarer que la Banque Mondiale entendait renforcer la lutte anti-corruption dans ce pays. Soulignons que le Président Wolfowitz a placé son mandat sous le sceau de la lutte contre la corruption.
S’agissant de notre pays, Il a clairement annoncé sur la base des révélations, que la remise de la dette du Congo allait être conditionnée à la réalisation des actions concrètes de transparence et de lutte contre la corruption, aux performances en la matière et non sur la base des promesses. Il est clair que de l’avis du Président de la Banque, et d’autres membres du Conseil d’Administration, le Congo n’accédait pas, en tous les cas, pas tout de suite au point de décision.
Pour sa part, la France de Chirac pour des raisons évidentes, a entrepris un lobbying intensif afin que le Congo atteigne le point de décision. Nous savons que cette France, amie du Gouvernement et non du peuple congolais tenait à voir le Congo avancer dans ce processus sans conditionnalité, sans tenir compte du contexte. Le G8 souhaitait que la réduction de la dette soit réalisée sans aucune conditionnalité.
La décision issue du dernier conseil d’administration de la Banque ne pouvait que résulter d’un marchandage ; autrement, l’on ne voit pas très bien sur la base de quoi le pays aurait accédé au point de décision, dans un environnement tel que nous le connaissons.
Compte tenu de la décision prise à Washington dans quel sens va s'orienter l'action de "Publiez ce que vous payez" à l'avenir ?
Nous allons veiller à la mise en œuvre effective des conditionnalités, travailler pour nous impliquer dans ce processus et encourager la participation de la société civile de façon à obtenir le regard d’un tiers de confiance. Notre action de monitoring va davantage s’orienter vers la lutte contre la corruption. Nous allons œuvrer en faveur de la démocratisation du débat interne sur ces questions. Et, notre programme relatif à la transparence, et à la bonne gouvernance va se poursuivre, notamment avec la contribution à la mise en œuvre des initiatives de transparence comme l’Initiative de Transparence des Industries Extractives (EITI).
Un dernière question : Etes-vous toujours à la tête de la RDPH ? On a évoqué une affaire de détournement de fonds. Qu'en est-il ?
Je suis toujours le Président de la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH). Les membres de l’organisation m’ont au cours de l’Assemblée générale Extraordinaire (AGE) tenue le 14 janvier 2006 confirmé leur confiance.
L’affaire de détournement à laquelle vous faites allusion n’était en réalité que le résultat d’une campagne de dénigrement et diffamation orchestrée contre ma modeste personne, dans le but de me discréditer et nous empêcher de poursuivre notre plaidoyer en faveur de la transparence pétrolière. Il est établi désormais que par de multiples connexions, ayant notamment des liens étroits avec la présidence de la République et d’autres cercles du pouvoir, un infiltré particulièrement dans notre mouvement a été manipulé dans le dessein de saper le travail abattu. L’AGE de janvier n’a pas pu expliquer les motivations de la cabale organisée contre certains membres de la campagne publiez ce que vous payez, tant la manipulation était grande et grossière, utilisant les méthodes suffisamment connues. Elle a depuis pris les décisions qui ont clos ce faux débat.
NDLR - L’information commence à filtrer sur le marchandage qui a présidé à la décision de la Banque mondiale du 25 février concernant le Congo.
C’est M. Pierre Duquesne, Administrateur pour la France de la Banque Mondiale et du Fmi qui a été au front de ces intenses négociations à Washington. C'est lui qui a affronté, des heures durant, M. Paul Wolfowitz. Les consignes étaient données par M. Michel de Bonnecorse, conseiller pour les affaires africaines du président français.
Ce dernier, au cours d'un séjour de travail de deux jours à Brazzaville, avait été reçu par Sassou le 09 février. Officiellement M. de Bonnecorse était venu recueillir l’avis du président du Congo sur les questions de paix et de sécurité en Afrique centrale. En vérité le but réel de la visite était d’examiner le soutien que la France pouvait apporter au Congo dans les négociations avec le FMI, dont une mission séjournait en même temps dans la capitale congolaise.
Un lobbying intense qui on l’a vu n’a servi qu'à sauver la face de « l’hommes des masses » face à une opinion internationale qui commence à la connaître.

Lors du match Diables Noirs contre St-Michel de Ouenze, Mme Isabelle Fila Lemina députée UDR-Mwinda de Bacongo a offert des équipements sportifs à l’équipe Diables Noirs. Des ballons et des maillots. Auparavant une minute de silence avait été observée en mémoire du défunt Jean Maxime Matsima qui était le suppléant de la députée dans la circonscription.