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Opinion d'internautes

Mercredi 4 janvier, 9h00



Les internautes s'expriment. M. Jean Martin Obélé habite le quartier Mpila à Brazzaville. Il est révolté par le laisser-aller des pouvoirs publics en matière d'assainissement de la ville.

M. Nassy de Bordeaux commente, lui, le message à la Nation du Chef de l'Etat.



Catastrophe nationale


Par Jean Martin Obélé

Chers frères du Groupe Mwinda,

Votre journal ou mieux votre site est devenu une référence nationale de la presse écrite. C’est grâce à vous que le peuple congolais est au courant de beaucoup de choses qui se passent dans notre pays. Je vous prie de publier ma honte, mon sentiment de pitié et surtout ma révolte pour ce qui est infligé au Congo, notre pays.

Ce que j’écris est connu de tous mais la situation est tellement grave que notre insistance pourrait certainement ouvrir les oreilles qui semblent totalement bouchées et les yeux totalement fermés. Je vis à Mpila, un vrai mwana Mpila. Pour beaucoup de gens bana Mpila sont au lait et au miel. Cela peut facilement se comprendre puisque ceux qui dirigent le Congo sont dans ce quartier. Pourtant, notre quartier a connu des inondations graves, certains sont sortis de leurs maisons par le toit. Dans les médias nationaux notamment la Télévision congolaise et à DRTV nous nous sommes publiquement demandés quel est le rôle des maires.

Une petite ville comme Brazzaville a sept maires d’arrondissement et un maire central. Si un maire d’arrondissement gagne 1 million de Francs CFA par mois [plus de 1500 euros ou plus de 1800 dollars, ndlr] cela signifie que le pays perd 7 millions pour rien. Pour rien parce que ces maires ne foutent absolument rien. Sinon comment comprendre que toute la ville de Brazzaville soit dans l’herbe, dans les ordures avec des routes impraticables ?

Beaucoup de nos compatriotes disent (nous l’entendons partout) que le pouvoir n’arrange que les routes de la partie nord du pays et de Brazzaville. Ils se trompent. Sinon comment comprendre que Mpila soit dans l’eau, que Simba Pelle et Mama Mboualé soient dans le sable et que l’avenue de l’intendance devienne un bourbier ? Ces gens au pouvoir ne voient rien, n’entendent rien, ne font rien et ne feront rien. C’est une véritable catastrophe nationale !

Pendant les fêtes du Nouvel an, j’ai été invité à Matour (Makélékélé) par un collègue de service. J’avoue que je fréquente rarement ce quartier. Ce que j’ai vu me révolte. L’avenue de l’OUA !!! J’ai vu des policiers avec motos qui dirigent la circulation des voitures juste à l’entrée de la ruelle menant vers la demeure de Monsieur Kolélas. Il s’y est formé un gros trou que les voitures, et même les gros véhicules qui transportent de la pierre vers l’aéroport d’Ollombo, évitent. Je me suis demandé si vraiment le Congo a encore des chefs. Sinon comment accepter qu’une grande avenue comme celle de l’OUA soit dans un tel état ? Incroyable !!! Même si l’OUA n’existe plus !

En revenant de Matour, nous avons marché et j’ai vu en face de la mairie de Makélékélé des hautes herbes et c’est tout passant qui vient y uriner et tout faire. Que fait le maire ? Et quel maire travaille ? Si les mairies n’ont pas d’argent pourquoi le gouvernement ne décide-t-il pas un plan de reconstruction de nos villes, pas du genre accéléré, mais un vrai plan ?

J’ai suivi le compte-rendu du dernier Conseil des ministres. J’ai compris qu’après notre bruit, ils ont semblé décider de créer des sociétés de privés nationaux qui s’occuperont de l’entretien urbain. Véritable décision ou saupoudrage ?

Pour terminer, je saisis cette occasion pour dire que les populations de Poto Poto qui ne repoussent pas la construction de nouveaux logements dans leur quartier souhaiteraient aussi que tous les camps militaires qui salissent la ville de Brazzaville soient démolis et qu’on y bâtisse de nouveaux quartiers. Ils s’agit des camps suivants : 15 août, Moukondo, Intendance, Milice, Bifouiti, Makala et tous les PSP sales … Cassons les et nous verrons que Brazzaville changera et tous ces militaires qui déambulent dans les rues de Brazzaville seront casernés à Imboulou ou ailleurs.

Merci Mwinda. Eclaire-nous encore, c'est ton rôle puisque tu es lumière. Pelisa yango ! Simba yango pe makasi ! (allume-la, garde la très bien)

Jean Martin Obélé

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Chef d'Etat ou directeur de campagne ?


Par Nassy Pratt

Le traditionnel message à la nation a fait du Président la République un véritable directeur de campagne pour les élections législatives de 2007 pour le compte de son groupement politique.

Au lieu de dresser le bilan détaillé de l'exercice de 2005, le président de la République a préféré projeter un regard vers les législatives de 2007 en remplissant son discours des promesses que les congolais sont habitués à recevoir.

Dans son message à la nation le président de la République a tenté de présenter un bilan de l'année 2005 en des termes très vagues. Il ne nous donne pas un seul exemple des réalisations effectuées pendant l'année qui vient de s'écouler. Quand il annonce que l'année 2005 a été celle des avancées significatives particulièrement dans le domaine des infrastructures de base, il avance des propos mensongers. Nous savons tous que notre cher et beau pays, le Congo est pauvre en infrastructures de base. Alors, si elles existent où sont-elles implantées ?

Il est sans gêne lorsqu'il prétend dire que le pouvoir judiciaire a prodigué son action en toute indépendance durant l'année 2005. Alors que les congolais ont encore en mémoire le souvenir amer du procès des disparus de Beach. Ce procès dont la procédure a été entachée d'irrégularités substantielles dues aux manoeuvres politiciennes du pouvoir en place nous permet d'affirmer que l'attitude du président de la République résulte d'une pantalonnade pure et simple.

Pour mener à bien la campagne pour les législatives par le biais du message à la nation, le président de la République veut implicitement réactiver l'alliance MCDDI-PCT. Il cite M. Bernard Kolelas comme un compatriote déterminé à faire triompher la concorde nationale. Nous ne pensons pas qu'un amnistié de dernière minute puisse devenir un partisan de la concorde nationale. La consolidation de l'alliance MCDDI-PCT est à notre très humble sens une erreur. C'est cette même alliance qui, en 1992, n'avait pas voulu garder ses rangs dans l'opposition congolaise. Elle a tenté et réussi son action pour détrôner de la primature le Premier ministre du tout premier gouvernement de l'ère démocratique au Congo. La tension installée par les agissements de cette alliance a conduit le congo aux affrontements de 1993.

Nous pensons enfin que c'est la mauvaise gestion de cette alliance qui a amplifié la guerre de 1997. Nous ne prétendons pas que c'est cette alliance qui déclenché la guerre, mais elle l'a plutôt amplifié du fait de sa mauvaise gestion par les leaders de ces deux partis politiques.

Que l'on ne se trompe pas : l'unité nationale dont parle le président de la République est celle de l'alliance MCDDI-PCT deuxième version. Comment comprendre qu'un père de la nation qui parle de patriotisme n'a pas un mot pour les compatriotes qui résident à l'étranger ? Surtout lorsqu'on sait que la plupart d'entre eux sont partis pour l’étranger à cause du climat d'insécurité installé par les hommes politiques.

Mais le chef de l'Etat a baptisé l'année 2006, année charnière par rapport aux prochaines élections législatives de 2007 qui se pointent à l'horizon. Ce qui nous étonne, c'est qu'il demande hypocritement aux congolais de s'engager dans le scrupuleux respect des principes républicains pour ces élections. Pourtant il a été lui-même le premier à violer les principes républicains relatifs à l'élection à la députation lors des dernières échéances. Il avait à l'époque renvoyé au second tour tous les candidats des circonscriptions où personne n'avait été élu au premier tour. Alors que le principe du scrutin uninominal majoritaire à deux tours est que seuls les deux premiers candidats qui auraient obtenu les plus grands nombres des suffrages ont droit au second tour. On aurait rapporté que le président avait agi ainsi pour des raisons " sécuritaires ". Nous ne l'avions pas cru. C'était plutôt un moyen pour mieux organiser la fraude. C'est dommage que le peuple congolais n'avait pas été assez vigilant et courageux pour dénoncer cette manoeuvre. On peut imaginer que le mutisme du peuple a plu au président. C'est peut être cela que le président de la République appelle de la démocratie apaisée dont il a besoin.

La campagne du président de la République pour les législatives de 2007 s'articule aussi autour de la question de la coopération avec l'extérieur notamment les institutions financières internationales. Il déclare que son gouvernement est déterminé à négocier avec ces institutions afin de réduire la pauvreté au Congo. Il y a deux mois que ce même président critiquait ses ministres lors du conseil des ministres du 14 novembre 2005 que ces derniers ne communiquaient pas assez tant sur le plan national que sur le plan international.

La seule phrase intéressante que le président de la République a prononcée est la suivante : « notre pays a besoin de solutions et de réponses durables aux problèmes qui le préoccupent. » Une seule chose est vraie c’est que le congo ne peut pas compter sur le régime actuel. Car un tel objectif ne peut pas faire bon ménage avec un régime qui n'évolue que par la corruption. Voilà bientôt presque deux décennies que le président Denis Sassou Nguesso est revenu au pouvoir, c'est maintenant qu'il entend faire face aux problèmes liés à la formation des jeunes congolais; à l'insertion dans la vie active des chômeurs; à la santé pour tous; aux infrastructures publiques; au logement décent des ménages; à l'assainissement de l'environnement; au paiement des arriérés des salaires... Il y a des moments qu'on peut croire aux miracles, mais pas tout le temps.

Déjà, nous pouvons très aisément affirmer qu'il n'existe pas de politique de formation au Congo. Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique nous avait fait la preuve par son attitude. Il avait déserté les lieux d'un colloque où il avait été invité à exposer sur la politique des formations au Congo. Nous ne pensons pas que le paiement des salaires des fonctionnaires puisse être considéré comme un projet de société pour le Congo. Il n'y a rien qui montre à travers le discours du président de la République que le gouvernement a créé ou a la volonté de créer des richesses. A en croire ce dernier, le gouvernement doit d'abord réfléchir pour faciliter l'accès à l'informatique pour un congolais moyen. Quand on entend tout cela, on se croit dans un rêve.

Les congolais veulent que le gouvernement consacre des moyens afin que tout congolais ait accès aux moyens modernes de la communication. Les congolais n'ont pas besoin d'un gouvernement qui décrète le progrès. Le progrès, ça ne se décrète pas : il est le fruit d'un travail bien accompli collectivement; pour ne pas reprendre la pensée de Baudelaire : « pour que la loi du progrès existât, il faudrait que chacun voulût la créer; c'est à dire, quand tous les individus s'appliqueront à progresser, alors, l'humanité sera en progrès ».

En somme le message à la nation du président de la République constitue à bien des égards des mots de campagne d'un parti ou groupement politique qui veut conquérir le Congo. Il consiste paradoxalement à loger dans les coeurs des congolais une vieille idée que le progrès ne passera pas par la volonté du peuple, mais par celle des intérêts du pouvoir en place. Ce pouvoir qui n'a cessé d'exporter le bonheur congolais et importer au Congo le malheur du monde.

Annicet Cyriaque Nassy Pratt
Bordeaux.