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UA : entre propagande et réalité

Samedi/dimanche 4-5 février



Etonnant : on n’en finit pas de faire la fête à Mpila après la désignation de Sassou à la tête de l’UA. Les propagandistes du pouvoir sont également de sortie et célèbrent leur héros. M. Ossibi est l’un d’eux. Loin d’offrir une tribune à ce genre de littérature Mwinda donne à comparer l'écrit ci-dessous que l’intéressé nous a fait parvenir avec l’analyse de Fraternité Matin, un quotidien ivoirien peu suspect de " gbagboïsme ". Où l’on a la confirmation que l'image de « l’homme des masses » en Afrique est toute autre...


Denis Sassou-Nguesso à la tête de l’Union Africaine : Au-delà de l’élection, la réalité d’une lourde charge


Par Joseph OSSIBI***

La Conférence des Chefs d’Etats de l’Union Africaine qui s’est tenu le week end dernier à Khartoum, vient de consacrer le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso comme le Président en exercice de l’Union Africaine en lieu et place du président soudanais El Béchir, hôte du sommet et ès qualité, prétendant à la présidence de l’organisation continentale.

Incontestablement il s’agit là d’une victoire diplomatique majeure qui vient s’ajouter à l’accession de la République du Congo Brazzaville au statut de membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.). A ceux qui doutaient des capacités de leader et d’Homme d’Etat du Président Denis Sassou Nguesso, il faut constater qu’ils en sont pour leurs frais. Ils ne peuvent plus ne pas remarquer son habileté diplomatique, en accédant pour la seconde fois à ce poste prestigieux au sommet du continent Africain. (1) C’est un véritable pied de nez fait aux trop nombreux ennemis de la République du Congo.

Pour les patriotes Congolais, cette victoire nous honore à plus d’un titre et nous nous en réjouissons. Au-delà des frontières du Congo, ce succès est aussi celui de toute l’Afrique Centrale coalisée au sein de la CEMAC et de la CEEAC.

Nous avons la conviction que le Président Sassou Nguesso profitera de cette opportunité pour donner un nouvel élan politique et économique à l’Union Africaine. Le challenge qui l’attend est aussi redoutable qu’exaltant, au regard des conflits qui minent notre continent de part en part. A commencer par l’interminable guerre civile en Côte d’Ivoire et la guerre qui sévit encore dans l’est de la République Démocratique du Congo. Nonobstant, ces crises aspireront beaucoup d’énergie, de temps et de ressources, le nouveau président de l’U.A. sera également attendu sur le terrain économique dont l’un des défis à relever restera sans nul doute celui de la place de l’Afrique dans la mondialisation dominante. Sans oublier la misère sur notre continent, la pandémie du sida, les questions de l’immigration, des rapports Nord Sud et tutti quanti…..

La tâche est donc incommensurable, c’est pourquoi, nous pensons que le moment est opportun pour le Président DSN d’accéder enfin à l’idée, déjà exprimée en mars 2002 par le Club Diagnostic’s et Challenges, de création d’un secrétariat d’Etat aux Affaires Africaines. Celui-ci consisterait à réunir autour ou aux côtés du président des Hommes dont la principale et unique tâche consisterait à construire une doctrine Africaine pour le Congo de manière à aiguiser la stratégie africaine du Président et donc son savoir faire, son savoir dire. Chacun sait, qu’en la matière, le travail ne manquera pas. Cette structure aurait l’avantage majeur de donner du sens et de rendre efficace l’action du Président tout au long de son mandat et au delà. Evidemment, on pourra appeler cette structure autrement, mais profondément il s’agit ici de coaliser les intelligences de manière qu’à terme DSN apparaisse comme celui qui aura fait faire un bond qualitatif irréversible à l’organisation continentale, qui en est encore au stade de gestation.

Cependant, au delà du sentiment réel et sincère que nous procure ce succès diplomatique, nous avons des raisons de craindre que le Président Denis Sassou Nguesso, trop absorbé par les problèmes panafricains, et ils sont nombreux, vienne à délaisser ou à déléguer la conduite des problèmes de politique intérieure, ceux qui touchent les citoyens Congolais au quotidien. Parions que non, car l’urgence sociale aujourd’hui qui porte sur les difficultés d’approvisionnement en eau , en électricité appelle des solutions politiques immédiates. La faillite de notre système éducatif mérite d’en faire une cause nationale et commande que le Président demeure continuellement à la barre pour diriger le navire.

De plus, notre cadre constitutionnel de 2002, qui a sacralisé la fonction présidentielle laisse peu de place à un « intérim » dans la conduite des affaires nationales. Si cela devrait se produire, il va falloir un premier des ministres doté de suffisamment de charisme pour maintenir l’unité d’action et garder et le cap, et temple. Avons nous les moyens humains d’un tel glissement des institutions, même provisoire ? Peut être faille t- il passer par un réaménagement du dispositif gouvernemental actuel pour s’adapter à la nouvelle donne ? Qui sait ?

Notre seconde inquiétude consisterait à dire, que cette consécration toute nouvelle du Président Denis Sassou Nguesso et de notre pays aura forcément un coût économique, plus précisément financier. C’est un euphémisme de penser que le budget de l’Union Africaine pourra à lui seul financer l’intense activité diplomatique du Président du Congo Brazzaville et ses multiples implications réelles ou souterraines. La nature ayant horreur du vide, il faudra à un moment trouver le « gap » quelque part. Evidemment, ce sera au budget de la nation d’en supporter une partie du coût, en sus de notre contribution annuelle aux finances de l’U.A. Dans le contexte économique actuel marqué par la mise sous séquestre de notre budget par les institutions financières internationales, de quelle marge de manœuvre disposons nous ?

Le cas échéant, l’on peut craindre une réaffectation des crédits au détriment des projets sociaux ou de développement, clef de voûte de notre proche avenir. Gageons que non, car avec les mesures sur les salaires annoncées dans le discours à la nation, il nous faut persévérer dans cette voie, celle du progrès afin de coller aux attentes de nos concitoyens.

D’aucuns pourront penser qu’en dépit de notre analyse, le caractère budgétivore potentiel de la fonction de Président de l’U.A. n’est que la rançon du succès : libre à eux, ils en ont le droit. Pour notre part, ceteris paribus, c’est un fierté nationale de se retrouver à la tête de l’Union Africaine, a fortiori quand nous examinons notre parcours depuis 1997.Mais le risque est grand que grisés par le succès, nous minimisions l’immensité et l’urgence des problèmes nationaux stricto sensu, ceux qui touchent la situation existentielle de nos concitoyens.

*** Economiste de banque chez HSBC.
Membre du Club Diagnostic’s & Challenges.
Ancien Président du CADmagenta.

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Sassou le veinard


Fraternité Matin (Abidjan)

L'union africaine (UA) s'est choisie un nouveau président en début de semaine dernière, en remplacement du Chef de l'Etat nigérian, Olusegun Obasanjo.

Les Etats membres de l'Union ont préféré le Congolais Denis Sassou Nguesso au Soudanais Omar El Béchir, en attendant que celui-ci règle " sa " crise au Darfour. Il éviterait ainsi, espère-t-on, d'être juge et partie à la fois. Le choix de Sassou Nguesso heurte la conscience de tous ceux qui croient à l'idéal démocratique et qui ont le malheur de ne pas être amnésiques.

En effet, le Chef de l'Etat congolais fait partie de la lignée très prospère des présidents putschistes. Après avoir dirigé son pays de 1972 à 1992, il perd le pouvoir au terme d'une élection présidentielle remportée par Pascal Lissouba. Une défaite qu'il vit très mal. Il rumine pendant cinq ans sa vengeance et prépare son retour au pouvoir par les armes.

Retour facilité par sa milice, les Cobras, par son gendre Omar Bongo Ondimba, sous l'oeil approbateur de la France à travers le pétrolier Elf. Le président élu chassé du pouvoir et du pays, au prix de 2000 morts, Sassou Nguesso se rend maître du pays. Et pour faire bien, c'est une méthode commune à tous les putschistes, il organise une élection pour légitimer son régime en 2002. Depuis, il se comporte comme un président " vierge ", n'ayant rien à se reprocher. Seule l'affaire des disparus du " Beach " vient de temps en temps troubler son sommeil.

C'est donc ce monsieur qui dirige depuis une semaine l'Union africaine. Cette organisation qui, depuis quelques années déjà, ne veut plus se contenter de condamner les coups d'Etat et leurs auteurs. Elle est allée plus loin en décidant de ne pas inviter à ses sommets ces adeptes de la prise du pouvoir par les armes et de ne pas les reconnaître. Dans cette logique, il faut refuser aux putschistes la présidence de l'organisation panafricaine, même lorsque, par la suite, ils s'achètent une légitimité à peu de frais. C'est une question de principe et de bon sens. Si Sassou Nguesso a été porté à la tête de l'UA, on se demande bien pourquoi, en fin de compte, la candidature d'Omar El Béchir a été récusée, puisqu'il n'est pas pire que son homologue congolais.

En regardant de plus près cependant, on n'est pas surpris que les choses se passent ainsi au sein de l'UA. Quand on observe la complaisance avec laquelle sont traités les auteurs de coups d'Etat, on comprend que l'engagement ferme, clair et net des Chefs d'Etat africains pour la démocratie et la bonne gouvernance n'est pas pour demain. Ils sont tellement habitués à ruser avec les principes qu'ils sont embarrassés chaque fois qu'il s'agit deles appliquer ou de les faire prévaloir.

Leur penchant pour les demi-vérités et pour le contournement des règles est si connu que les amoureux de la prise du pouvoir par la violence n'hésitent même plus à exécuter leurs plans, assurés qu'ils sont de toute impunité. Il leur suffit simplement d'expliquer qu'ils sont venus sauver leur pays et leur peuple de la dérive, de la dictature ou de choses du même genre. Il ne faudra pas s'étonner, dans ces conditions, de retrouver à la présidence de l'Union africaine un François Bozizé ou un Idriss Déb y. Tant qu'à faire.

Les choses changeront, peut-être, lorsque les Etats africains auront à leur tête une nouvelle génération de dirigeants. C'est sans doute à cela que les peuples d'Afrique doivent s'atteler : cesser de n'être que du bétail électoral et se donner des dirigeants sur la base de leurs programmes de gouvernement, de leur sens de l'honneur et de leur moralité. C'est à ce prix que ce continent cessera d'être la risée du monde.

Cyprien Tiesse

© Fraternité Matin, 30/1/06.

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