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Marion Madzimba Ehouango lance un défi aux juristes de Sassou

Marion Michel Madzimba Ehouango est professeur de droit et de science politique à l’université. Plusieurs fois directeur de cabinet dans différents ministères dont celui de la Défense du temps de Lekoundzou, candidat à la présidentielle en 2009 sous les couleurs de l'Association Marien Ngouabi et Ethique, l’universitaire est un pourfendeur de longue date de la constitution du 20 janvier 2002.

« Il faut revenir à la Constitution de 1992 qui a été votée par 98% de la population. Monsieur Sassou Nguesso est arrivé au pouvoir à l'issue d'un coup d'état, et sa Constitution sur mesure lui donne tous les pouvoirs », déclarait-il il y a quelques années.

Lors de son intervention à l’occasion du Meeting organisé conjointement par la plateforme le Congo et le Mouvement Citoyen pour le Respect de l’Ordre Constitutionnel, il a lancé un défi aux juristes entourant M. Sassou pour débattre de la Constitution.

Evidemment aucun camarade membre du PCT n’a relevé le défi pour l’instant, tant il est vrai que sur Télé Congo, on préfère le monologue et la propagande du PCT au débat sur cette question renvoyé sur les ondes de RFI. Sans doute le pouvoir répondra-t-il, comme à son habitude par le biais d’une attaque ad hominem de l’opposant, par exemple dans un article d'un journal accrédité au palais.

Lire ci-dessous l'intervention de Marion Michel Madzimba Ehouango lors de ce meeting (1).

 Comment pouvez-vous accepter que tout aille mal parce qu’un homme, son nombre de mandats, son âge l’empêchent d’être candidat en 2016 ? En réalité c’est ça le problème. Tout ce vacarme n’a qu’une seule explication : c’est que cette constitution du 20 janvier 2002, nombreux parmi vous savent que j’avais dit qu’elle était mauvaise, je l’ai écrit plusieurs fois. Mais ceux-là même qui l’ont soutenue, qui vous ont donné des billets de 5 000 F, 10 000 F pour voter cette constitution, aujourd’hui ils reconnaissent qu’elle est mauvaise.

Mais dites donc, mais comment vous pouvez expliquer que ceux qui savaient que cette Constitution était mauvaise, ils l’aient usée et abusée ? Maintenant qu’ils arrivent au terme de leur mandat, en ce qui concerne l’âge et le nombre, on se rend subitement compte que cette constitution elle est mauvaise. Mais de qui se moque-t-on ? Pourquoi on ne respecte pas ce peuple-là ? Ce peuple à qui on a fait croire que sans cette constitution il y aurait la guerre, ce peuple à qui on a fait croire que cette constitution devait nous amener la prospérité parce qu’il fallait qu’un seul individu gère le pays avec sa famille. Et aujourd’hui que cette famille s’est enrichie, que cette famille ne sait plus où mettre son argent on dit bon, on peut vous donner une constitution démocratique, parce que nous nous sommes repus, nous avons suffisamment d’argent, alors on peut vous faire cadeau de la démocratie.

Mais dites donc, moi j’ai soutenu ce régime, j’ai participé à la chute du régime de Lissouba, parce que je croyais que nous étions en train de défendre la démocratie. Mais aujourd’hui, ce qui se passe est beaucoup plus grave que ce qu’a fait Lissouba, parce que Lissouba a fait la guerre, or ce régime a fait la guerre ! Lissouba a seulement tenté de violer la constitution en voulant prolonger son mandat de quelques jours et nous avions dit non à l’époque. Et aujourd’hui, calmement, on va à l’étranger, parce qu’on ne peut pas le dire ici, on va déclarer à l’étranger que l’on doit changer la constitution !

A ce moment-là, je vais parler en spécialiste. Je parle en spécialiste. Cette constitution est mauvaise, soit. Mais cette constitution, en son article 86, permet des correctifs. C’est-à-dire qu’une constitution, aussi mauvaise soit-elle permet des dispositions qui voudraient que, par des lois organiques on la corrige progressivement. Parce que le président de la République a choisi l’exemple du Luxembourg et de l’Allemagne. Mais l’Allemagne a une constitution de 1948 ! Et le dernier aménagement, pas changement mais aménagement, a été fait en 1990. Le Luxembourg a une constitution de 1848 ! 19è siècle ! On ne l’a pas changée. Et on veut nous faire croire que notre constitution, qui n’a que quelques années et qui n’a bénéficié d’aucune loi organique, on dit qu’il faut la changer. Mais on ne doit pas changer !

On ne peut pas changer cette constitution ! Je défie, et c’est là où je lance un défi à tous les juristes qui entourent le président de la République, à tous ceux qui travaillent avec lui, que nous pouvons faire un débat à la télévision, pour que le peuple comprenne qu’ils sont en train de tricher. (En lingala) On vous ment ! On vous fait croire qu’ils travaillent mais qu’ils n’auraient pas encore fini leur travail. Mais nos logements à nous, depuis combien de temps attendent-ils d’être refaits ? Leurs maisons à eux, à plusieurs niveaux, construites en un temps record, croyez-vous qu’il est plus facile de bâtir leurs maisons à eux que d’améliorer nos logements ? Donc, il faut encore leur accorder sept ans supplémentaires ? Ils construisent des immeubles à plusieurs niveaux, avec climatiseurs, Internet. Vous n’en posséderez jamais car vous ne pourrez jamais vous les payer. Pourquoi leur accorder sept ans de plus ?

Je demande aux juristes qui entourent le président Sassou : mais pourquoi est-ce que vous le laissez dire ce genre de choses à l’étranger qui laissent croire qu’il n’y a pas de compétences dans ce pays ?

N’importe quel juriste de première année de droit sait qu’une constitution se modifie ! Toute constitution dispose de mécanismes de son adaptation au contexte. On ne la change pas ! C’est pour cela qu’on parle d’amendements concernant les USA. C’est pourquoi on parle de loi organique. Mais pourquoi vous faites croire au président de la République qu’il doit changer la constitution ? Evidemment, je comprends : parce que la seule disposition qu’il ne peut pas changer c’est concernant le nombre de mandats. Mais alors, le président de la République vient de vous lancer un message subliminal. Quand vous écoutez ce qu’il a dit aux Etats unis, il a cité l’exemple de deux Premiers ministres. Mais peut-être veut-il être simplement Premier ministre ! Les exemples qu’il a choisis, Merkel en Allemagne et Juncker au Luxembourg, mais ce sont des Premiers ministres ! C’est pour ça que leur mandat n’est pas limité ! Parce que le mandat du président en Allemagne est limité à cinq ans ! Quant au Luxembourg, c’est un Duché, un royaume, sauf si l’on veut transformer le Congo en royaume. Mais cela aussi la constitution refuse ! J’attire l’attention des gens du PCT : votre président du comité central vient de vous dire qu’il préférait être Premier ministre pour terminer son travail. Prenez vos responsabilités, présentez-nous un candidat que nous allons battre en 2016 !

(1) Discours retranscrit par nos soins.

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