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Mer, Jui
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Si Sassou cherche le peuple, il le trouvera

politique
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De retour d’un périple à Cuba (pour y chercher des gardes du corps plus sûrs en prévision de la période agitée qui s'annonce ?) le 6 décembre dernier, le dictateur congolais a accordé une conférence de presse à Maya Maya, aéroport international de Brazzaville. Interrogé sur son projet fou de changer la Constitution congolaise dans le but non avoué de mourir au pouvoir, voici ce qu’il répondu :

« Constitution comme on le dit à souhait, sur cette question, vous connaissez le point de vue du président qui estime que s’agissant des institutions du Congo, surtout la constitution, la loi fondamentale, ce sera toujours le peuple congolais qui décidera. Ce sera toujours cela, le peuple congolais qui décidera en toute souveraineté  (…) Lorsque le général De Gaulle a décidé de changer la constitution de la quatrième République, il a soumis les termes de la cinquième République au choix du peuple français, c’est le peuple français qui s’est prononcé. Et, même plus tard, lorsqu’il a demandé ou souhaité que le président de la République soit élu au suffrage universel direct, c’est le peuple français qui a ainsi décidé(…) Je crois que c’est une règle qui ne pourra être remise en cause. Dans tous les cas, il y a quand même de longues années que notre peuple a lutté ici et au prix de beaucoup de sacrifices pour ne plus accepter qu’il soit régi par des règles qui viendraient d’ailleurs ».

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec Sassou : comme le peuple burkinabè, le peuple congolais ne manquera pas de descendre massivement dans la rue si jamais le dictateur était tenté, comme son grand ami Compaoré, de changer la Constitution. C’est même pour les Congolais une question d’honneur. Notre peuple ne saurait prendre la responsabilité d’anéantir l’espoir suscité en Afrique, de haute lutte et avec leur sang, par les Burkinabè. Comment en effet nous regarderait-on partout ailleurs en Afrique et dans le monde si d’aventure face à la manoeuvre d’un dictateur sanglant de se cramponner au pouvoir alors que celui-ci tient le pouvoir depuis plus longtemps encore que Compaoré, le vaillant peuple congolais ne grondait pas ?

Impossible scénario car les Congolais ne seront pas la risée de l'Afrique. La vérité est que si Sassou cherche le peuple congolais il le trouvera. Encore faudrait-il d'ailleurs qu’auparavant il fasse l’unanimité dans son propre camp puisque, semble-t-il, dans son propre parti le PCT, la partie soit loin d’être gagnée d’avance. En effet la « génération Prince Charles », ainsi désigne-t-on ses parents mbochi qui commencent à prendre de l’âge et à désespérer de lui succéder un jour, pourrait manigancer d’autres plans, au nom de la conservation du pouvoir dans le nord du pays. De fait, les Ndengué, Okemba et autres généraux du clan (1), n’hésiteraient sans doute pas à couper cette branche pourrie en optant pour un départ organisé du Conducator maintenant ou à la fin de son mandat, ce qui leur offrirait plus de chances de prendre sa place que si celui-ci rempilait. Ces derniers n’ignorent pas l’état de l’opinion dans le pays ; ils ont noté le taux de participation réel à l’occasion des derniers scrutins : moins de 10 % lors des dernières élections locales. Sans compter qu'ils sont bien placés pour savoir que le dictateur vieillissant, malgré un " ravalement de façade ", est à bout de souffle.

A vrai dire, les propos de l’ex-homme des masses lors de la conférence de presse de Maya Maya se voulaient une réponse aux déclarations de Hollande lors du Sommet de la Francophonie à Dakar, histoire de donner l'impression de reprendre la main et d’essayer de montrer qu’il dispose encore d’une certaine marge de manœuvre. Comme si ce gouverneur de comptoir colonial installé au pouvoir par les Français et par Chirac (avec armée angolaise interposée) et non par le peuple congolais pouvait s’affranchir de ses tuteurs, marcher à rebours de l'histoire bref vivre, comme la Corée du Nord de la dynastie Kim Il Sung, en dehors de la communauté internationale.

(1) Hors de la Cuvette et du clan mbochi, Claudine Munari, Zacharie Bowao, Parfait Kolelas, Okombi Salissa (et de nombreux autres " camarades " qui pour l'instant ont deux fers au feu et n'attendent qu'un signal pour sortir du bois…) sont clairement opposés à une énième candidature de Sassou.

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