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Sassou : à quand votre départ ?

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L’effusion de sang combinée à la dilapidation des deniers publics, sans discontinuer depuis quarante ans, ont fini par faire tomber les masques du régime Sassou.

Au Congo-Brazzaville, on se demande comment sortir du cauchemar. Les congolais qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, payent des années de complaisance à l’égard d’une classe politique composée essentiellement des opportunistes tribalo-mafieux peu sensibles aux préoccupations des populations. A coups de canons et d’intrigues, Sassou a fini par s’emparer des Institutions du pays qu’il a confisquées. Comment en est-on arrivé là ?

Seul un procès impartial pourra répondre objectivement à cette question. S’il a lieu, un jour peut-être, le procès Sassou sera fleuve. De l’arbitraire éhonté aux exécutions extrajudiciaires, du Cardinal Emile Biayenda aux disparus du Pool, de Ngouabi et Massamba-Débat à cet écolier fauché sur le chemin de l’école, de la dilapidation des deniers publics à l’actuelle banqueroute … le désastre est affligeant. Il est évident qu’un état des lieux est nécessaire, si les congolais veulent repartir du bon pied, après Sassou.

Hier, au-delà des soupçons qui pesaient et continuent de peser sur Sassou, seul son entourage proche était directement pointé du doigt dans les affaires de corruption et de biens mal acquis. Aujourd’hui, le président congolais lui-même est bien cité dans une affaire instruite et jugée en Belgique. Loin de défendre les intérêts de son pays et par conséquent de ses compatriotes, ce chef de l’Etat, au travers de sa politique basée essentiellement sur des gages de la rente pétrolière sur fond de violence ethno clanique, a fait basculer son pays dans le giron nébuleux de la mafia internationale.

Il utilise les institutions de son pays comme bouclier de protection judiciaire pour ses crimes de haute trahison et possiblement ceux contre l’humanité. Cependant, Sassou a omis, dans sa dernière customisation des textes officiels, d’y inscrire l’impunité de la corruption. Il faut donc s’attendre à une prochaine modification de la Constitution avec pour objectif l’insertion dans la loi fondamentale d’une disposition lui garantissant l’impunité des actes délictueux liés à la corruption. Il bouclera ainsi la boucle de sa totale impunité.

S’il avait quitté le pouvoir en 2016, son successeur se serait retrouvé dans la tourmente d’un pays qui se meurt. Et, la responsabilité du pouvoir actuel se serait noyée, sans doute, dans l’impatience des populations et les vuvuzelas des nostalgiques partisans de « l’avenir des Mbochis ». Devant l’impasse, tous les maux du pays lui seraient imputés. Mais voilà, Sassou est toujours là, mais désormais confronté à sa propre vérité.

Le mensonge, fut-il orchestré par l’Etat, a aussi sa masse critique. Il apparait aujourd’hui que le premier ennemi de ce pouvoir, c’est son désastreux bilan porté par une vision passéiste du monde auxquels s’ajoute un déficit criard de patriotisme.

L’effusion de sang combinée à la dilapidation des deniers publics, sans discontinuer depuis quarante ans, ont fini par faire tomber les masques du régime Sassou. Si dans l’absolu, son devoir consistait à nuer cet émirat africain, Sassou en a fait, au contraire, un pays exsangue. Depuis, l’omnipotent souverain congolais est nu.

Ayant semé du vent pendant des décennies, Sassou court désormais après son chapeau en attendant de récolter les bourrasques de la révolution que les démocrates et républicains congolais, hélas médiocrement organisés, espèrent. Pendant ce temps, les griots et courtisans du régime brassent de l’air tout en laissant du champ aux escadrons de la mort qui s’empressent d’écraser la moindre contestation.

Ainsi, la violence d’Etat a atteint les niveaux les plus absurdes. Elle se manifeste particulièrement dans le midi du pays, sans bilan officiel, allant jusqu’à l’exporter. En France par exemple, le pouvoir de Brazzaville brutalise les activistes indignés du régime et conspire contre ceux qui ont échappé à ses griffes. L’énorme quantité de sang qui jalonne son règne n’inspire qu’à le reléguer dans la poubelle de l’histoire. Mais quand ?

Voici bientôt deux ans que le FMI a publiquement mis à nu les sornettes des dirigeants congolais à propos de leur dette (cachée). Le pouvoir de Brazzaville qui peine à payer ses quelques milliers de fonctionnaires, continue à se négliger la d’un peuple affamé. A court d’inspiration, l’homme tourne en rond et joue les apparences, sans perspective réelle.

En près de cinq ans, les dirigeants congolais se sont montrés incapables de développer des initiatives visant à renflouer le trésor public qu’ils continuent de piller sans vergogne. Les évêques congolais réunis au sein de l’église catholique ont fini par pousser un cri de détresse demandant de la compassion à tous ceux qui ont bénéficié de l’antipatriotisme de leurs piètres responsables politiques.

Où sont donc les dirigeants techniquement compétents et politiquement conscients sur lesquels les populations peuvent compter et s’appuyer ? Et le peuple, qu’attend-il pour prendre son destin en main ? Prendre son destin en main, n’est-ce aussi ne pas se résigner devant la misère qui mine la société, en ouvrant le chemin d’un nouveau contrat social misant sur l’investissement social et la prévention de la pauvreté ?

Lorsqu’une crise frape durablement, l’on doit comprendre qu’elle a atteint les structures et que celles-ci ne sont plus adaptées appelant ainsi à des changements profonds. Et les citoyens doivent pouvoir compter et s’appuyer sur des collectivités porteuses d’initiatives animées par des cadres avertis, capables d’expérimenter et développer de nouvelles approches. Pour cela, il faut renverser la table. Toute la table.

En dépit de ses propos, le régime de Brazzaville est foncièrement antidémocratique. Comme il est illusoire de considérer Sassou comme un républicain. Et, il est tout aussi faux de lui prêter un brin d’esprit patriotique. Sans quoi, il aurait rendu le tablier de lui-même.

L’échec de Sassou tient en ce qu’il s’est rendu outrancièrement coupable de haute trahison et des crimes odieux rarement collectionnés par un seul homme dans l’histoire des peuples. L’autocrate congolais qui fait figure d’un oppresseur sorti du passé est parvenu même à se faire à lui-même des coups d’état. Près d’une dizaine de fois, il a piétiné ses propres Constitutions pourtant taillées sur mesure.

Considérant que « le pouvoir est au bout du fusil » et non au fond des urnes, l’inamovible timonier marche allègrement sur les cadavres. Plus de 5% de son PIB est consacré aux armes alimentant son armée dont l’ossature principale est constituée de sa milice ethnique. Dans le catalogue des crimes, Sassou coche la quasi-totalité des cases.

C’est pourquoi il faut rendre libre la parole dans ce pays afin que les populations s’expriment et racontent leur martyr. Cette liberté amplifierait les cris imperceptibles des cimetières où gisent des innocents expédiés sans procès. Oui, les murs, les arbres, les rivières et les forêts du Pool ont envie de parler. Quoi qu’il en soit, ils parleront demain de ce que le pouvoir de Brazzaville a cru dissimuler dans les recoins.

Ainsi, au-delà des innombrables ramifications, l’équation congolaise s’est singulièrement réduite, après toutes ces années de gabegie, de corruption, de concussion, de sectarisme, de violence d’Etat … à une seule inconnue bien identifiée : Sassou.

L’homme le sait mais n’a pas la sagesse de rendre la liberté à son peuple, ni l’intention de négocier sa sortie. L’ivresse de son pouvoir ne cesse de l’aveugler au point de ne pas se rendre compte que sa calamiteuse gestion du pays a débouché sur une tragédie.

Abraham Avellan WASSIAMA