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Mar, Sep
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Mokoko : un caillou dans la chaussure du dictateur

politique
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L’autocrate, aurait donc été sévèrement sermonné. Connu pour sa promptitude à exhiber ses muscles quand il s’agit de mater ses opposants, le vieux dictateur se serait fait tout petit face à un homme plus jeune que son fils, et qui n’était même pas âgé de deux ans quand il prenait le pouvoir au Congo...

Convoqué par le président français à Paris le 3 septembre dernier, Sassou était dans ses petits souliers. Une visite officielle, dit-on, mais absente de l’agenda de l’Elysée, à l’inverse de celle de Faustin-Archange Touadéra, président de la Centrafrique, reçue deux jours plus tard. De source bien informée, la visite s’est transformée en une leçon sur les droits de l’homme, et pour cause ! En quittant son royaume, Sassou, à l’insu de son plein gré, avait embarqué dans ses bagages un prisonnier très encombrant répondant au nom de Jean Marie Mokoko. De fait, le monarque, qui voulait présenter l’ancien chef d’état-major général de l’armée congolaise comme un vulgaire prisonnier de droit commun, a fini, malgré lui, par en faire un grand martyr de la lutte des Congolais contre son système. Jean Marie Mokoko, le prisonnier le plus célèbre du Congo dont la victoire à la présidentielle en avril 2016 a été volée s’est, contre toute attente, invité au menu des discussions entre Emmanuel Macron et Sassou. Au grand désarroi du potentat.

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L’autocrate, aurait donc été sévèrement sermonné à ce sujet. Connu pour sa promptitude à exhiber ses muscles quand il s’agit de mater ses opposants, le vieux dictateur se serait fait tout petit face à un homme plus jeune que son fils, et qui n’était même pas âgé de deux ans quand il prenait le pouvoir au Congo. La menace est à peine voilée : « Je lui ai parlé de Jean-Marie Michel Mokoko et d’autres personnes en lui disant qu’on attendait de sa part des actes…Je le lui ai dit avec fermeté et je pense que le président de la République lui dira la même chose », a déclaré Jean-Yves Le Drian. En langage d’initiés, ça, c’est pour faire diplomatiquement correct, pour ne pas froisser un vieil ami malléable qui a rendu d’énormes services à la France au détriment de son propre pays.  Mais aussi diplomatique soit le message, Sassou, le préfet de comptoir colonial de la France au Congo-Brazzaville, réinstallé au pouvoir en 1997 par Jacques Chirac, se sait sous la menace. Surtout par ces temps de vaches maigres quand, après avoir saigné à blanc la trésorerie du pays avec force détournements, il n’ignore pas qu’il a plus que jamais besoin d’un soutien extérieur, y compris pour se protéger contre son propre clan mbochi, lequel n’entend guère valider son plan de succession monarchique.

Mais le Néron, qui doit sans doute crier au fond de lui à la trahison et à l’ingratitude de ses protecteurs qu’il a servis loyalement toute sa vie durant, sait que cette mise en garde ne saurait rester sans suite. Soit il s’exécute, et dans ce cas il sauve la face. Soit, il continue à faire le dos rond et, dans cette hypothèse, il connaît les risques : Laurent Gbgbo en son temps l’avait appris à ses dépens.

Quoiqu’il en soit, il reste que le soufflet administré au dictateur congolais par les autorités françaises n’est pas sans susciter des interrogations. La France, qui a cautionné en 2015 le viol de la constitution, laquelle interdisait à Sassou de briguer un énième mandat, cette même France qui a fermé les yeux sur le hold-up électoral de Sassou, se contentant d’un simple communiqué sur l’irrégularité du scrutin pour dire : « dont acte »,  c’est cette même France qui tance aujourd’hui celui qui, emporté dans sa folie meurtrière pour imposer son hold-up électoral, a torturé et jeté des opposants en prison, mis la région du Pool à feu et à sang, le tout, après avoir conduit le pays en faillite. Pourquoi maintenant, et pas avant ?   Les déboires de la CEMAC, lesquels portent préjudice aux intérêts français dans la région, et « l’infréquentabilité » croissante du personnage peut-être.

Pour autant, la France n’ignore pas les méthodes de celui qu’il porte à bout de bras depuis plus de trois décennies en matière de répression et d’exécution de ses opposants. Quand il ne les tue pas dans l’immédiat à la kalach ou par incendie, le dictateur procède par l’élimination à petit feu. Marcel Ntsourou, Blaise Adoua, Yves Motandeau, Emmanuel Avoukou, la liste est longue. Tous des anciens compagnons, disparus dans des conditions plus que suspectes parce que devenus très gênants.

En tout cas, avec ces déclarations fracassantes de Jean-Yves Le Drian et le rappel à l’ordre d’Emmanuel Macron sur le cas des prisonniers politiques, Jean Marie Mokoko est passé de l’ombre à la lumière. Maintenant que tout le monde a les yeux braqués sur le prisonnier le plus célèbre du Congo, il est à craindre que la vie de ce dernier n’ait été mise en danger. 

En effet, bien malin qui prédira quel sort le dictateur réserve à ce prisonnier politique très encombrant qu’Emmanuel Macron vient de désigner, malgré lui, comme son candidat à sa succession. Les Congolais, qui connaissent bien les mœurs du tyran disent d’ores et déjà qu’il y a péril en la demeure. A moins que la France qui nous l’a imposé ne s’en mêle. Si elle veut vraiment la libération des prisonniers politiques, elle peut l’obtenir sans délai.

Jean Claude Itoua