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Sassou ou comment incarner le néant

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A l’approche des échéances électorales, le pouvoir, en complicité objective avec quelques fossoyeurs de la république, remuent les fonds des eaux en agitant les démons du tribalisme et ceux de leurs mensonges. Incapables de proposer un avenir radieux aux nombreux naufragés de sa politique, le pouvoir envisage un énième « dialogue » des sourds.

Tribune libre

Repousser autant que possible l’heure de vérité pendant que sonne le glas qui le prédestine à la judiciarisation, c’est la hantise de Sassou. C’est cette crainte qui le pousse à se carboniser au pouvoir sans projet probant. Y mourir, c’est l’option qui le dispenserait, pense-t-il, de l’humiliation résultant de sa désastreuse gestion du pays.

Sous sa férule, un clan d’affairistes fortement tribalisés et aux penchants dynastiques s’est emparé des instances vitales de la république et de la plus la haute administration du pays, l’Etat. Ce régime poussiéreux semble ne pas prendre la mesure aussi bien de la violence inouïe qu’il ne cesse d’exercer sur le peuple congolais que de l’état de délabrement dans lequel il a plongé le pays pour longtemps.

Redoutant l’imminence d’un soulèvement populaire dont on ne cesse d’apercevoir les signes avant-coureurs, et aveuglés par l’opulence que leur procure leur mainmise totale sur le pays, les principaux animateurs du pouvoir de Brazzaville dont l’autre face porte faussement le visage d’une opposition, se réorganisent actuellement à coup de dissensions intestines mais trompeuses en vue de la poursuite de leur affairisme.

A l’approche des échéances électorales, le pouvoir, en complicité objective avec quelques fossoyeurs de la république, remuent les fonds des eaux en agitant les démons du tribalisme et ceux de leurs mensonges. Incapables de proposer un avenir radieux aux nombreux naufragés de sa politique, le pouvoir envisage un énième « dialogue » des sourds.

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Maitre absolu d’un pays ruiné, Sassou tourne en rond, pris par le tournis de sa banqueroute. Conscient de son affaiblissement et des risques d’effondrement de son pouvoir, il essaie de faire feu de tout bois. Au Congo, dialoguer ou plus exactement monologuer constitue l’antichambre des querelles électorales.

En effet, le dialogue des sourds est la première étape que Sassou initie avant de déclencher une guerre artificielle. Vigilance recommandée donc. Car, la bibliothèque dictatoriale est bien documentée en matière de dialogue. Ceux de Sibiti et d’Ewo attendent l’application de leurs conclusions.

Que vaut un dialogue politique dès lors que les aspirations du peuple ne sont pas prises en compte ? L’enjeu principal de la question congolaise tient à l’éviction de la dictature. Cette question sera-t-elle à l’ordre du jour de ce pseudo dialogue ? Sans doute pas. Cela dit, cette problématique touche également le clan Sassou sous l’angle de la succession. D’où la guerre des cousins.

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Acteur central faisant la pluie et le beau et auteur principal de la banqueroute que connait le pays, Sassou ne participe jamais aux dialogues auxquels il convie ses affidés. Lors de la Conférence nationale souveraine en 1992, c’est malgré lui qu’il se plia au rituel de lavement des mains. Une démarche traditionnelle anodine mais forte en symbole d’enracinement pour tout prétendant aux destinées d’un pays bantou. En cela, il ne pourra jamais conquérir la confiance du pays profond.

Dès lors, il n’atteindra jamais le cœur de ses compatriotes, à l’instar de son ami Chirac vis-à-vis du peuple français, après son décès. La crainte n’est pas le respect. Pire, ce n’est même pas Sassou qui est craint mais sa violence somme toute aveugle qu’il exerce et qu’il exhibe lors de ses parades le 15 août au boulevard Alfred Raoul qui suscite la peur.

Par définition, un dictateur est violent et autiste. Et cette surdité renforce son entêtement, lequel constitue le carburant de sa folie, jusqu’à ce qu’un jour, il trouve une population à sa taille. A ne point en douter, la gloire et la victoire appartiennent toujours au peuple. Tous les tyrans qui ont secoué les consciences humaines ont fini par s’effondrer du fait de leur obstination sans limite. Il y eut Hitler, Ceausescu … en Europe. En Afrique, Samuel Doe ne sera pas longtemps seul, seul tant il y a d’autres tyrans, hélas, qui restent encore en activité.   

Comme le pouvoir de Brazzaville est dictatorial, on peut aisément parier sur le non-respect des recommandations de Fonds Monétaire International car elles sont aux antipodes de la culture de ce régime. Tout au plus, elles ne seront que complaisamment mises en œuvre, pour un résultat inexistant. Brasser du vent et incarner le néant, sans aucun sentiment de culpabilité, caractérise le chef de ce petit Etat pétrolier, depuis des lustres.

C’est donc au nom de la conservation du pouvoir, comprise au sens d’un scaphandre de protection juridique et d’une rente garantie, que les caciques du régime s’agitent actuellement. Rien de plus.

Au-delà des révélations sur la colossale dette cachée et en l’absence de volonté affirmée et des compétences réelles capables de réorganiser le pays, ce mandat n’aura servi qu’à confirmer le caractère dilatoire de cette imposture. L’on a tendance à ne vouloir chiffrer que les milliards dilapidés par le régime Sassou. Mais, le coût humain y afférant n’a-t-il pas dépassé les deux millions ?

Dans sa logique du soi-disant grand bâtisseur, finalement, du néant, le pouvoir de Brazzaville, après avoir désespéré les révolutionnaires et les démocrates puis les citoyens congolais, a entamé inexorablement la phase de son autodestruction en considérant injustement que la préservation des biens mal acquis et la protection du clan passent par la conservation du pouvoir et la corruption tout azimut.

Ces ennemis du peuple qui s’obstinent à ne pas reconnaître leur échec pourtant patent, en matière d’édification d’une nation prospère, volent, pillent, détournent les deniers publics, en toute impunité. Les gesticulations de Sassou dans la lutte contre les antivaleurs s’apparentent à une comédie de pompier pyromane.

En effet, la prise illégale d’intérêt, la non dénonciation ou la protection … sont des formes passives de corruption. L’un des risques majeurs du péril susceptibles de compromettre notre avenir c’est l’installation progressive de l’acceptation de l’impunité qui légitime la corruption au sein de la jeunesse.

Dans ce pays où l’on fait décoller les avions juste pour bombarder les paisibles populations sous des prétextes de querelles électorales, où l’on dévalue la vie et où un clan bien identifier dilapide les deniers publics en toute impunité, les notions de gouvernement d’union nationale, du pardon, du dialogue, que l’on arbore en lieu et place du code pénal incitent implicitement à la récidive.

La réitération des crimes de haute trahison exige du citoyen la sévérité à l’égard de son oppresseur fut-il autochtone et non de la complaisance. C’est au pouvoir de se mettre au service du peuple et non l’inverse. Remettre à l’endroit ce principe constitue, au fond, l’unique défi du peuple congolais.

Les décennies de tumultes congolaises montrent que désormais ces notions doivent s’accompagner de la vérité des choses et de la proscription de l’interchangeabilité des acteurs. Il s’agit là d’un principe évident visant à mettre un terme à la folie d’un organisateur de l’action publique, qui utilise l’argent public et qui manque cruellement à ses devoirs.

L’enjeu fondamental consiste donc à renverser toute la table afin d’oser croire à l’avènement de l’an zéro de la renaissance du pays.