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Un entêtement incompréhensible

musikanda
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En 2016, il aura passé 32 ans au pouvoir. Vous avez bien lu : 32  C’est énorme. En 32 ans, il aura connu et croisé Sédar Senghor, Ahmadou Ahidjo, Sadate, Agostino Neto, Julius Nyerere, Sékou Touré, Amin Dada, Mobutu, Omar Bongo, Mengistu Hailé Mariam, Siad Barre, Habib Bourguiba, Houphouët-Boigny, Eyadema, Houari Boumediene, l’apartheid, l’OUA, mais aussi Giscard, Brejnev, le maréchal Tito, Enver Hoxha. Il aura raté de peu Mao Tse Toung, Salazar, Franco et Bokassa. Des noms (j’en oublie), des figures, une époque révolue qui ne disent pas grand-chose à l’immense majorité des Congolais d’aujourd’hui, mais qui témoignent de l’incroyable longévité de cet homme au pouvoir.

32 ans et un bilan calamiteux. Fort de son expérience et instruit par l’histoire mouvementée du continent, la sagesse l’inciterait à faciliter le passage pacifique du témoin à son successeur comme a su le faire Mathieu Kérékou au Bénin. A le voir louvoyer tout en dépensant tant d’énergie et d’argent pour se maintenir encore au pouvoir, force est de croire que 32 ans ne lui suffisent pas. Animé par son rêve dynastique, il ne se fixe plus de limite. Sûr de la fidélité de son armée et de sa police à sa personne, il n’a toujours pas compris et ne veut toujours pas comprendre que les Congolais rêvent d’un autre avenir pour leur pays que la perpétuation des Sassou au pouvoir. L’histoire nous ayant habitué à des retournements de situation inattendus, son réveil risque d’être brutal quand il s’apercevra que les Congolais, lassés et à bout, ne lui laisseront pas d’autre choix que le déshonneur de l’exil au lieu de vivre libre dans son pays.

Si les interrogations demeurent sur son calendrier, le doute en revanche n’est plus permis sur les intentions de Sassou de se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Le schéma et l’argumentaire sont connus. Sans surprise, il nous racontera  qu’après, non pas 32 ans, mais 14 ans au service du pays et les progrès accomplis pour redresser l’économie, construire les infrastructures, renforcer la démocratie, garantir la paix et l’unité nationale et autre blablabla, son souhait est de se retirer de la vie publique. Mais il a entendu et répond à l’appel du peuple qui, par référendum, à une écrasante majorité, le presse de poursuivre l’œuvre engagée. D’immenses conneries, bien sûr, car nous savons tous que les Congolais qui ne se déplacent pas pour cautionner des élections truquées dont les résultats sont connus d’avance ne pensent qu’à tourner la page Sassou.

Après la réponse favorable à l’appel du peuple pour justifier la modification de la constitution, histoire de donner un vernis de légalité à ce qui s’apparente à un putsch, la suite logique est l’élection présidentielle dont il sortira grandement vainqueur. Entre-temps, la police traquera les opposants menacés de prison, les chars et les véhicules blindés quadrilleront les rues de Brazzaville pour préserver la paix et l’unité nationales dont Sassou s’est auto proclamé l’unique garant. Classique dans n’importe quelle dictature africaine digne de ce nom.

Des deux choses l’une. Ou nous nous croisons les bras en considérant qu’il n’y a plus grand-chose à faire car tout est joué d’avance, Sassou et ses héritiers au trône demeurant intouchables jusqu’à la mort du monarque. Ou nous sommes convaincus que notre combat est légitime, et nous nous donnons les moyens de vaincre la plus vieille dictature du monde derrière la Chine et la Corée du Nord pour faire de notre pays une véritable république et une démocratie garantes et respectueuses des droits de chacun. Nous vaincrons, j’en suis convaincu, mais, hélas, au prix de combien de morts ? La responsabilité des hommes politiques à la tête de notre combat consiste à mettre en garde notre peuple contre la violence intrinsèque de ce régime, qui n’hésitera pas à recourir aux emprisonnements arbitraires et aux massacres pour conserver ses privilèges.

Qui donc parviendra à convaincre l’autocrate congolais de nous épargner des morts inutiles en quittant, comme prévu, le pouvoir en 2016 ? Nous déplorerons certainement la disparition des nôtres. Mais nous ne céderons pas.  S’il n’y a qu’un message à transmettre à Sassou, c’est celui-là. En attendant, occupons quotidiennement l’espace public. Soyons présents en permanence dans la rue pour débattre librement de nos aspirations. Ne laissons aucun répit au pouvoir en conservant en permanence l’initiative. L’erreur serait d’attendre ses faits et gestes pour agir. C’est à nous d’agir et à lui de réagir.

Musi Kanda

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