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D’un Christel Sassou à un autre

politique
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De la production à la commercialisation en passant par le transport, il y en a que pour eux : les Sassou Nguesso. Ils en ont fait une affaire de famille. A tel point que pour être nommé à la tête d’une direction de la SNPC, il faut montrer patte blanche.

Jeu de noms

 Comme un train peut en cacher un autre, derrière un Christel Sassou peut se dissimuler un autre. Les populations du Congo-Brazzaville connaissaient Denis Christel Sassou, voilà qu’elles découvrent Teddy Christel Sassou. C’est tomber de « Denis en Teddy ». Kiki le pétrolier a cédé sa place à Teddy à la SNPC Distribution. Serait-ce « l’autre lui-même » (pour reprendre Alain Mabanckou ? De toute façon chez les Sassou le prénom « Christel » semble prisé.

Pétro-voracité

C’est un euphémisme. Le clan Sassou, au Congo-Brazzaville, a fait main basse sur la filière pétrolière, pour reprendre le titre du livre de Mongo Béti «  Main basse sur le Cameroun  ». De l’amont à l’aval, aucun secteur pétrolier n’échappe à la voracité de la famille Sassou qui règne sur le Congo-Brazzaville, ce petit Etat pétrolier d’Afrique Centrale, depuis près d’une quarantaine d’années. C’est ni plus ni moins de la pétro-voracité à la sauce Sassou.

De la production à la commercialisation en passant par le transport, il y en a que pour eux : les Sassou Nguesso. Ils en ont fait une affaire de famille. A tel point que pour être nommé à la tête d’une direction de la SNPC, il faut montrer patte blanche. Il faut être originaire de l’axe Oyo-Boundji-Ollombo (OBO) lesté des agglomérations de Makoua et Owando. Jean Bruno Richard Itoua, Denis Gokana, Jerôme Koko, et Maixent Raoul Ominga obéissent à la règle non écrite mais qui sévit comme une loi. Veillant aux grains, les membres du clan Sassou qui ne s’embarrassent pas de circonlocutions et de scrupules ne sont pas allés chercher loin lorsqu’il s’est agi de désigner le nouveau directeur de la SNPC Distribution. Ils sont nés avant la honte, disent les Ivoiriens.

Les dégâts de Kiki 

Débarqué d’abord de la COTRADE ensuite de l’aval pétrolier et la distribution des produits pétroliers pour cause d’incompétence et de malversations financières sur pression des institutions financières internationales, Denis Christel Sassou Nguesso dit « Kiki, le pétrolier  », qui a fait ses preuves de mauvais gestionnaire a confié le fauteuil de la SNPC Distribution, une filiale de la SNPC, à Tedy Christel Sassou Nguesso. Les membres du clan Sassou vivent comme un déchirement du cœur le fait qu’un poste juteux de la République tombe dans l’escarcelle d’un intrus, c’est-à-dire d’un inconnu au bataillon. La COTRADE était une société de trading appartenant à la SNPC. Elle était dirigée par le fils du président Sassou Nguesso, Denis Christel Sassou Nguesso. Au mois de novembre 2009 le FMI avait exigé sa fermeture, sans que personne n’en connaisse la raison…

Bien entendu, dans la vertueuse et pauvre République du Congo dont les efforts de transparence et de bonne gouvernance ont été unanimement reconnus par les responsables du FMI, qui lui ont accordé le Point d’Achèvement, on savait à quoi s’en tenir. Pourtant les très rigoureux dirigeants congolais qui ont bien mérité l’effacement de leurs dettes par le Club de Paris, avaient créé une société « miroir » à Hong Kong : la COTRADE ASIA LIMITED. Bien pratique pour leurs opérations frauduleuses, elle fonctionnait « hors la vue du notaire  » (expression utilisée pour l’échange d’espèces lors d’une signature chez un Notaire. Kiki aurait fait des études de Notariat) . Cela a pourtant fini par se savoir par les Fonds Vautours qui opérèrent également des saisies sur les comptes personnels du fils du Chef de l’Etat congolais à Hong Kong. Le personnel du FMI alors informé exigea, trop c’est trop et «  off the record » la liquidation de toutes les COTRADE, la Congolaise et surtout celle de Hong Kong (Cf. SB.com.overblog.com).

Entre-soi

Les populations du Congo-Brazzaville sont régulièrement incommodées par la rareté des produits pétroliers liquides et gazeux et ont en mémoire de longues files d’attente devant les stations-service. Le Congo-Brazzaville, quatrième producteur de pétrole d’Afrique Centrale, est confronté à une grave pénurie de carburant. Le responsable de cette situation n’est autre que la SNPC Distribution à la tête de laquelle se trouvait Denis Christel Sassou Nguesso remplacé par Teddy Christel Sassou Nguesso. C’est l’entre-soi. «  Bissi na bissi  ». Vivre entre-soi, avec ses semblables, à l’abri des promiscuités, est une règle d’or pour cette haute bourgeoisie à la congolaise. La notion d’entre-soi désigne le regroupement de personnes aux caractéristiques communes, que ce soit dans un quartier, une assemblée politique, ou encore un lieu culturel. Elle sous-entend l’exclusion, plus ou moins active et consciente, des autres.

« C’est un honneur de recevoir notre nouveau directeur général groupe qui est en même temps notre président du conseil d’administration. La SNPC distribution est une filiale appartenant à 100% à la SNPC holding dont le DG est Maixent Raoul Ominga. Nous avons échangé sur tous les sujets, notamment les plus brûlants qui concernent la pénurie des produits ainsi que les perspectives et certains projets » a indiqué le directeur de la SNPC distribution, Teddy Christel Sassou N’Guesso (Les dépêches de Brazzaville, 25 avril 2018) Une simple coïncidence, une complaisance ou une véritable lame de fond d’une gestion catastrophique ?

Mauvais cheval 

La décoration à Paris le 13 juin 2015 de Denis Christel Sassou Nguesso comme meilleur manager africain par l’honorable sénégalais Babacar Ndiaye, Président Honoraire de la Banque Africaine de Développement (BAD) et Président du Forum 2015 des Managers Africains, réunis au sein du Conseil International des Managers Africains (CIMA) ne lui a pas porté chance. Il s’en est suivi une succession de scandales financiers. Le dernier en date est la découverte par les services du FMI en Espagne des comptes appartenant à Denis Christel Sassou Nguesso à Andorre et Gibraltar alimentés à plus de 1,2 milliard de dollars.

Teddy Christel excellera-t-il par ses qualités de manager là où Denis Christel a lamentablement échoué ? Dans le clan Sassou, l’argent public est considéré comme un bien personnel. Les membres du clan se livrent à une guerre des réseaux et s’adonnent à une lutte d’influence avec la SNPC comme terrain de jeu. Sous la houlette de Denis Christel Sassou Nguesso, Brazzaville, par l’entremise de la SNPC, avait continué de signer des contrats de préfinancement pétrolier avec des groupes de négoce tels Gunvor, Orion, Glencore et Trafigura. Une pratique qui consiste à gager sa future production d’or noir et qui, en plus de plomber les finances publiques lorsque les cours dévissent, donne lieu à des montages opaques et alimente la corruption.

Les prêts contractés par la SNPC auprès des traders pétroliers à l’abri du regard de la Caisse congolaise d’amortissement (CCA) représentent environ 30 % de la dette publique totale du Congo-Brazzaville. Teddy Christel Sassou Nguesso se distinguera-t-il des autres gloutons.

Benjamin BILOMBOT BITADYS.