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La nécessaire recolonisation du Congo

politique
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Au régime sec depuis les révélations du FMI sur les dettes cachées du pouvoir, Brazzaville se meurt dans une torpeur des grands désespoirs en attendant les éventuelles becquées de cette institution onusienne. Loin d’être des républicains c’est-à-dire des citoyens respectueux de la chose publique, les dirigeants congolais, après avoir vidé le trésor public, candidatent à nouveau au comptoir newyorkais afin d’empocher un énième chèque au nom des congolais pour le grand bonheur leurs propres poches.

A une réalité faite de misères chroniques poignantes au sein de la population, le régime Sassou n’y oppose que du bidouillage comme d’habitude. Totalement à la ramasse, les autorités congolaises peinent à tirer les conséquences pourtant évidentes de leur gabegie, à savoir, quitter le pouvoir.

En reléguant l’accès à l’eau, à l’électricité, aux soins médicaux et bien d’autres nécessités de base dans la sphère de la raréfaction, le pouvoir empreinte les chemins d’un développement improbable. La confiscation des richesses et l’atrophie des libertés allant jusqu’à bannir une frange de la population notamment ceux du Pool constituent autant d’entraves pour une émancipation.

En effet, la dérive socio-économique du Congo résulte de l’accaparement et de la perversion des institutions par le régime lui-même. Masquer son inconséquence voire son incompétence par des macabres diversions et autres fuites en avant auront été son fil rouge sur fond de corruption et de dilapidation des deniers publics. De fait et au-delà des apparences, l’état congolais n’est plus qu’une coquille vide.

Qu’un tel régime s’écroule, seul le clan s’en offusquerait. Mais que l’état se soit lézardé sous les coups de boutoirs d’un régime fantoche qui pavane, c’est le déclin du pays. Où sont donc les vrais congolais patriotes remplis des valeurs bantoues ? Les démocrates, les républicains et les étatistes de ce pays sont-ils au courant que le pays en plein naufrage et qu’il coule ?

On aurait préféré la chute du régime à l’effondrement de l’Etat. Partout ailleurs, l’état rassure et protège les citoyens. Est-ce le cas pour l’état congolais grand intimidateur et diffuseur de la peur ?

Ces crises et guerres à répétitions dans lesquelles les soupçons d’orchestration par le pouvoir sont très élevé conduisent à penser que l’effondrement de l’Etat congolais est voulu. Une crise qui dure, n’en est pas une. Il s’agit d’un état nouveau qui interpelle les consciences et appelle à la refonte des structures allant jusqu’à déboulonner l’inamovible incrusté.

Année après année, le Congo-Brazzaville est devenu, dans son fonctionnement et son vécu, une colonie de la tribu du chef. Si l’on admet que le « Congo n’est pas la propriété des Nguesso », les relents dynastiques visant à passer le témoin à son fils masquent un mouvement décomplexé d’une prolifération quasi achevée de son ethnie au sein l’appareil étatique et de la société congolaise.

Les réseaux sociaux, plus libres du fait de sa relative virtualité que la population, ont mis en évidence cet indiscutable constat, poste par poste, qu’au Congo, il n’y en aurait que pour les « mbochis ».

C’est à la conférence Nationale Souveraine qu’un orateur avisé avait mis le doigt sur ce qui représentait à l’époque les prémices d’une colonisation d’exploitation. Il pointait ainsi la « mbochisation du pouvoir ».

Après son retour par les armes, Sassou s’est outrageusement décomplexé de ses tares tribalistes. Le caractère sélectif dans les rouages de ce que l’on appelle encore Etat et dans les secteurs privés déterminants est devenu obsessionnel et criard.

Afin de confisquer le pouvoir à tout jamais, il avait d’abord entrepris la clochardisation des intellectuels. Puis s’en était suivi le saccage de l’école de manière à en limiter l’éducation et la formation, un peuple peu instruit et peu édifié étant facile à asservir.

Il convient de noter qu’il y a bien longtemps que le Congo avait basculé vers un régime dictatorial mafieux doté des réflexes coloniaux voire esclavagistes où les richesses sont dilapidées, les travailleurs sont sans solde, les libertés ligotées, la justice orientée, la population bâillonnée, la jeunesse sacrifiée. Englués dans ce marasme depuis des décennies, les congolais continuent curieusement de parler de crise en lieu et place de leur état nouveau de pays en faillite devenu une colonie.

Qu’un généreux soleil se lève un peu un jour dans ce pays en y mettant de la lumière un peu partout afin que l’on observe l’étendue du désastre. Il n’y a pas que les biens mal acquis, les paradis fiscaux et le génocide dans le Pool, le saccage de l’école, les salaires impayés, les hôpitaux mouroirs, le transport chaotique, la dépravation des mœurs, … Il y a aussi cette honteuse et sourde colonisation « mbochie » qui fracasse tout un peuple et frouasse toute une ethnie somme toute respectable.

Plus de cent ans de lutte, les esclaves puis indigènes que furent nos aïeux ont mené des combats des plus âpres, face l’oppresseur. Lesquels combats débouchèrent sur les indépendances nominales des années soixante. Abusivement appelé décolonisation, ce fut davantage une néo colonisation où les valets locaux dépourvus de la fibre patriotique garantissent les intérêts des multinationales.

La complexité de la question congolaise est si ardente qu’il ne s’agit plus seulement de déposer un régime tyrannique à tendance dynastique. Mais il faut surtout renationaliser le pays en le décolonisant de cette prolifération tribalo-clanique endogène. Ce phénomène nouveau de colonisation intra-étatique est de nature à priver le pays de la richesse de la diversité par prolifération. Cette médiocrité véhiculée injustement au travers d’une tribu elle-même victime in fine interpelle.

Abraham Avellan WASSIAMA

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