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Sassou le 14 août : entre incantation, slogans, voeux pieux et faux espoirs

politique
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A la fin de l’allocution de Sassou lors de l’anniversaire de l’indépendance, les rares congolais qui avaient daigné l’écouter se sont regardé en s’interrogeant : « mais qu’a-t-il dit ? » En effet rien, et pour cause. Le gars n’avait rien à dire, mais s’est plié à un exercice imposé, soixantième anniversaire de l’indépendance oblige !

Voilà où en est aujourd'hui cet homme désormais nu, obligé de racler les fonds de tiroir afin de ressusciter un vieux projet d’exploration pétrolière derrière chez lui dans la Cuvette, histoire d'enfumer et de faire diversion, quand il ne passe pas son temps en voyages. Mortel ennui. Cela prêterait à rire s’il ne s’agissait de l’avenir d’une Nation qu'il hypothèque gravement !

A lire ci-dessous le communiqué de l’U.P.R.N à ce sujet.

 

Après l’Autopsie de l’accord Congo FMI, l’U.P.R.N  et Mathias DZON décryptent ici, face à la presse, le discours prononcé le 14 août par le président Congolais

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...  Au lieu d’annoncer des solutions appropriées pour chacun de ces défis, le chef de l’Etat s’est réfugié comme à son habitude dans l’incantation et les vœux pieux à travers la reprise de slogans mille fois ressassés, pour donner de faux espoirs aux Congolais, slogans jamais traduits en actes concrets, mais répétés dans le discours du 14 août 2019 ….

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La célébration du 59ème anniversaire de l’indépendance du Congo-Brazzaville, le 15 août 2019, est intervenue dans un contexte national marqué par l’aggravation de la récession économique du pays et de la banqueroute de l’Etat, l’assèchement des réserves internationales de change, la pénurie des devises, l’explosion de la dette publique (120% du PIB pour la seule dette extérieure, la dette intérieure étant en cours d’audit), la paupérisation extrême des populations, la flambée de la morbidité et de la mortalité, la montée en flèche du népotisme et de la préférence ethno-régionale, la « familialisation » accrue du pouvoir, la gestion néo-patrimoniale de l’Etat, l’autoritarisme politique, la corruption endémique, l’érosion de la confiance liée à la mauvaise gouvernance, etc.

Dans ce contexte tragique, le peuple congolais attendait que dans son discours à l’occasion du 59ème anniversaire de l’indépendance, le président de la République annonce des mesures concrètes, immédiates et fortes de sortie de la crise financière, économique, sociale, politique, électorale et sécuritaire gravissime qui plombe le pays. Malheureusement, le chef de l’Etat a décliné un discours totalement déconnecté des vrais problèmes du pays et des préoccupations quotidiennes des Congolais en général, des couches moyennes et des couches populaires en particulier.

En effet, il n’a rien, mais alors absolument rien dit de concret et de palpable sur les défis majeurs auxquels le Congo est confronté aujourd’hui, au nombre desquels : – l’apurement des arriérés de trois ans de bourse des étudiants, de 23 mois de pension des retraités de la CRF, de 5 à 30 mois des salaires des fonctionnaires émargeant aux budgets de transfert, de 7 ans de retards de paiement de la dette commerciale due aux opérateurs nationaux, etc ; – l’assèchement des réserves internationales de change, entraînant une crise des devises et mettant gravement en danger l’équilibre global de la sous-région CEMAC ; – la dégradation de l’accès des populations aux services sociaux de base (eau potable, électricité, transports en commun, santé publique, éducation et formation professionnelle ; – le chômage endémique en général, le chômage des jeunes et des diplômés sans-emploi, en particulier ; – l’amplification du cancer de la corruption ; – l’impunité ; – la moralisation de la vie politique et de la vie publique ; – la refondation de la gouvernance en général, de la gouvernance électorale, en particulier ; – le rapatriement des recettes d’exportation ; – le rapatriement de l’argent public détourné et placé dans des comptes privés à l’étranger ; – la réduction du train de vie de l’Etat ; – l’apaisement du climat politique dans le pays ; – la libération des prisonniers politiques ; – la réconciliation nationale et le vrai vivre-ensemble ; – la promotion d’une paix véritable et durable ; – le rétablissement des valeurs de la République et de la démocratie, etc.

Au lieu d’annoncer des solutions appropriées pour chacun de ces défis, le chef de l’Etat s’est réfugié comme à son habitude dans l’incantation et les vœux pieux à travers la reprise de slogans mille fois ressassés, pour donner de faux espoirs aux Congolais, slogans jamais traduits en actes concrets, mais répétés dans le discours du 14 août 2019. Il s’agit notamment des slogans ci-après :

  1. les importantes potentialités qui offrent de belles perspectives de relance à notre pays ;
  2. l’espérance de lendemains meilleurs ;
  3. la diversification de l’économie ;
  4. la consolidation de la paix ;
  5. la consolidation du climat social apaisé ;
  6. le renforcement de la gouvernance ;
  7. le bon voisinage et la coopération au service du développement.

Tout cela n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux pour mystifier les consciences insuffisamment affranchies, car, aucun contenu concret n’a été donné à ces slogans enchanteurs et aucune mesure pratique n’a été annoncée. Il s’est agi uniquement de la communication politique, c’est-à-dire des effets d’annonce. De fait, dans son discours, le chef de l’Etat congolais a fait une impasse totale sur les vrais problèmes des Congolais et s’est attelé à disserter sur les vertus cathartiques du programme triennal signé avec le FMI et les perspectives prometteuses de la découverte du pétrole en zone onshore dans la partie septentrionale du Congo.

S’agissant de l’accord avec la FMI, le président de la République a indiqué que ce programme « vise à améliorer la situation de nos finances et de l’économie nationale ». Cependant, une analyse fine révèle que l’accord avec le FMI ne permettra aux autorités congolaises, ni de rétablir la viabilité des finances publiques et de la dette insoutenable, ni de reconstituer les réserves internationales de change, ni de résoudre la crise des devises, ni de payer régulièrement les charges courantes de l’Etat (bourses des étudiants, pensions des retraités, salaires de tous les fonctionnaires, arriérés sociaux, etc), en raison de la mal-gouvernance qui est la principale caractéristique de la politique conduite par le pouvoir actuel.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les tenants du pouvoir de Brazzaville qui sont les principaux responsables du chaos actuel ne peuvent pas s’attaquer aux problèmes de la mauvaise gouvernance et du manque de transparence dont ils sont les principaux acteurs et bénéficiaires. Partant, ils ne peuvent pas satisfaire les exigences du FMI en matière de refondation de la gouvernance, notamment de lutte contre la corruption, de transparence financière, d’audits de la SNPC et des Grands Travaux. On ne peut donc pas attendre d’eux, qu’ils promeuvent les réformes audacieuses et immédiates qu’exige le FMI et qui requièrent la mise en œuvre réelle de la bonne gouvernance.

Il faut signaler que le programme conclu entre le FMI et l’Etat congolais vise uniquement à accompagner les réformes que le FMI a proposées et que le gouvernement congolais doit mettre en place pour assurer la viabilisation des finances publiques et de la dette, ainsi que la restructuration et la diversification de l’économie.

En ce qui concerne le pétrole découvert à Mikoungou dans le district de Loukoléla (département de la Cuvette), selon les spécialistes des questions pétrolières, le gisement « NGOKI » ne serait pas du tout rentable en raison de la difficulté d’accès au site, de la faiblesse des réserves en pétrole, du coût élevé du transport du brut et de l’impact écologique désastreux pour la rivière Alima, le fleuve Congo et ses affluents. En tout état de cause, il ne s’agit que d’indices d’huile, du reste identifiés depuis 1980, mais curieusement révélés aujourd’hui, c’est-à-dire après 39 ans, sans nul doute à des fins de propagande politique et dans le dessein de susciter l’intérêt des bailleurs de fonds qui doutent des autorités congolaises. L’annonce tonitruante d’une production de 983.000 barils/jour, soit le quadruple de la production journalière nationale actuelle vise à frapper les esprits et à tenter de redonner un brin d’espoir aux Congolais aujourd’hui totalement déboussolés.

A propos de la protection de l’environnement, le chef de l’Etat a dit sa volonté de garantir une exploitation écologique du gisement « NGOKI » et de limiter l’impact sur l’environnement. Certes. Mais, la pollution des sols et des rivières à Kellé dans le département de la Cuvette-Ouest et à Mokeko, dans le département de la Sangha, du fait des activités des sociétés chinoises qui exploitent l’or, permet d’en douter.

En effet, si le gouvernement congolais fait croire qu’il conduit une politique audacieuse en matière de protection de l’environnement, dans les faits, les sociétés qui exercent dans les domaines des mines et des hydrocarbures et qui détruisent l’environnement des lieux où elles exercent leurs activités, jouissent d’une impunité totale et ne sont nullement inquiétées pour les pollutions des sols et des eaux dont elles sont responsables. De même, les sociétés chinoises qui pratiquent la pêche à la dynamite dans les eaux territoriales de Pointe-Noire et du Kouilou et qui polluent ces eaux ne sont jamais sanctionnées. Le principe « pollueur-payeur » ne leur est pas appliqué. C’est dire que les professions de foi écologiques du président de la République et le battage médiatique assourdissant autour des tourbières, sont un leurre.

Quant à l’appel à la mobilisation et à l’engagement total des forces vives de la nation, lancé par le chef de l’Etat, il est pour le moins surprenant de la part de celui- là même qui s’oppose farouchement à la tenue d’un vrai dialogue politique national inclusif, rassemblant sans exclusive, les Congolais de toutes les sensibilités politiques, pour rechercher ensemble des solutions consensuelles de sortie de la crise actuelle.

Car, la meilleure manière de mobiliser les forces vives de la nation et d’obtenir leur engagement total dans l’œuvre de redressement et de reconstruction du pays, c’est de convoquer ce dialogue inclusif que le président de la République rejette catégoriquement. Il y a une contradiction entre d’une part, le fait d’appeler à la mobilisation et à l’engagement des forces vives de la nation, et d’autre part, le fait de s’opposer au dialogue inclusif, devant rassembler ces forces. On ne peut pas vouloir d’une chose et de son contraire.

En réalité ce que le président de la République recherche à travers l’appel à la mobilisation des forces vives de la nation, c’est une union sacrée de tous les Congolais autour de sa personne et de son gouvernement, aux fins de redorer le blason terni du pouvoir à la suite de l’effondrement économique du pays, de la banqueroute de l’Etat, du tarissement drastique des avoirs extérieurs nets, de la crise de devises et des scandales financiers à répétition révélés quotidiennement par les médias, les réseaux sociaux et les ONG internationales.

Le chef de l’Etat congolais n’est du reste pas à une contradiction près. Alors que les Congolais croupissent dans une pauvreté extrême, endurent d’atroces souffrances et attendent de lui des mesures concrètes et immédiates pour les sortir de l’enfer où il les a plongés, il affiche une indifférence hautaine à leur calvaire et se lance dans la fuite en avant en les appelant à « amorcer une réflexion avisée sur le 60èmeanniversaire de l’indépendance » qui interviendra le 15 août 2020, c’est-à-dire dans un an. Ce faisant, le chef de l’Etat enjambe allègrement le présent pour se projeter dans un futur lointain et incertain. Il joue la montre pour mieux préparer sa succession par son fiston.

L’appel à la réflexion sur le 60ème anniversaire de l’indépendance est tout simplement de la diversion, d’une part, pour tenter de faire oublier aux Congolais leurs angoisses du moment, et d’autre part, pour masquer la grave responsabilité du pouvoir dans le chaos actuel. L’urgence impérieuse pour les Congolais aujourd’hui, ce n’est pas le 60ème anniversaire de l’indépendance, mais la sortie de la crise multidimensionnelle très profonde qui mine actuellement notre pays. C’est à la recherche des voies et moyens de sortir du chaos actuel qu’il faut donner la priorité de l’action gouvernementale et non pas à la ruse politique, à la fuite en avant et aux calculs politiciens.

Le Congo est le patrimoine commun de tous les Congolais. La sortie de l a crise actuelle nécessite l’engagement de tous les Congolais sans distinction d’appartenance politique, idéologique, philosophique, religieuse, ethnique, ethno-régionale. La solution idoine à la crise congolaise actuelle passe obligatoirement par la tenue d’un vrai dialogue politique national inclusif, totalement différent du monologue que le président de la République cherche à imposer au pays dans le cadre de son organe partisan de consultation, le Conseil national du dialogue. Le vrai dialogue politique national inclusif que nous appelons de nos vœux a pour unique but, de sortir pacifiquement et durablement le Congo de la crise multidimensionnelle très grave qui l’étrangle aujourd’hui. Hors de cette voie il n’y a point de salut pour notre pays.

Fait à Brazzaville, le 21 août 2019

Le Comité Directeur

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