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Mokoko : un prisonnier encombrant

politique
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 « Un chef paresseux, tribaliste et voleur ne peut donner le bon exemple à ses collaborateurs…mes chers compatriotes, je suis candidat pour fixer les fondements de cette République apaisée qui doit reposer sur un pacte républicain dont les principes de base seront : l’exemplarité du chef de l’Etat, des ministres et des hauts fonctionnaires de l’Etat à leurs différents niveaux de responsabilités. Le chef doit s’imposer par l’exemple. Il est le modèle sur lequel ses collaborateurs tireront leur propre comportement…Militaire par ma formation, j’ai été confronté à des situations complexes. Je sais gérer les situations de crise et surtout j’ai toujours préféré éviter des guerres plutôt que de les gagner, car une guerre se gagne toujours avec des larmes et le sang des autres. Eviter des guerres, nécessite plus d’aptitude et d’amour du prochain que de les faire et de régner par la peur, l’intimidation et la corruption. Mes chers compatriotes, j’ai besoin de vos suffrages pour gagner la paix et la justice sociale afin de nous garantir une République plus juste, fraternelle et équitable. Ne nous laissons pas voler notre victoire qui est certaine ? je vous remercie ».

 Signé Jean Marie Mokoko.

Des bas-fonds de nos campagnes ou des rues de nos grandes villes, aujourd’hui comme hier, ces déclarations de Jean Marie Mokoko résonnent comme un coup de boutoir à un système désastreux qui n’a que trop duré, occasionnant d’énormes dégâts. En plus d’être d’actualité, ces déclarations prononcées en 2015 prennent un relief particulier en cette période de crise, car elles pointent les tares d’un homme et son système complètement débile, qui nous a conduits là où nous en sommes aujourd’hui.

Il ne croyait pas si bien dire, Jean Marie Mokoko, lui, qui paie de sa personne en prison pour s’être levé contre cette tyrannie. Lui, qui a vécu les choses de l’intérieur et qui connait très bien les sources d’alimentation et le carburant de cette dictature affreuse. Qui, mieux que lui, pour dépeindre Sassou et son clan mafieux ? Le vol, la paresse, le tribalisme, le hold-up électoral, la guerre de 1997 ou du Pool aujourd’hui, les crimes de masse, le règne par la terreur post hold-up électoral, la banqueroute, la crise et le FMI.

Tout est en effet dit et décrit dans cet extrait du discours. C’est le système Sassou et toutes ses dérives.

Un chef paresseux : Paresseux n’est pas le mot adéquat. Mais il est encore gentil ce Mokoko ! Ailleurs, on parlerait de maudit. Plus de 34 ans au pouvoir, et le Congo est toujours aussi pauvre…encore plus pauvre qu’il ne l’a jamais été ? Pour un pays pétrolier qui vient à manquer de tout alors qu’il a brassé des milliards ? Même son ami Kagamé qui n’a pas brassé autant de milliards a fait mieux en à peine dix ans ! Le Rwanda voisin est cité en exemple comme étant un modèle de réussite économique. Que dire de Ouattara à qui Sassou a prêté l’argent des Congolais quand il ne savait quoi en faire ?  En à peine 5 ans, Ouattara a construit des ponts, des routes et est en passe de doter son pays d’un métro.

Un chef tribaliste : Un tour dans les administrations pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. A la SNPC, dans l’armée, aux douanes, pour ne citer que celles-là, ou, à la présidence, un des bastions Sassou, avec l’épilogue de ces derniers jours à la tête de la presse présidentielle qui vient confirmer la règle. Ainsi, Bertin Ossendza, fut remplacé par Jean Obambi, à son tour remplacé par André Ondélé, qui lui-même vient de céder sa place à Valentin Oko. C’est ici que le slogan du « vivre ensemble » si cher à notre tyran prend vraiment tout son sens.

Un chef voleur : C’est tout sauf un scoop. Sassou, ses proches, parents, collaborateurs, voire de nombreux autres Congolais se sont mis à piquer dans les caisses de l’Etat en toute impunité. Pourquoi ? Parce que l’exemple vient d’en haut. Ainsi, le vol est une véritable institution au Congo, avec la bénédiction de notre tyran.

Une guerre se gagne toujours avec des larmes et le sang des autres : Il ya eu Juin 1997 où Sassou a marché sur des milliers de cadavres pour revenir au pouvoir. Puis, sur le feu de l’actualité, le Pool est hélas tristement là, pour nous le rappeler. De nombreux morts inutiles. Des populations en fuite. Ntumi et les défenseurs de la démocratie en forêt.

Eviter des guerres, nécessite plus d’aptitude et d’amour du prochain que de les faire et de régner par la peur, l’intimidation et la corruption : Quel homme ce Sassou ? Il a créé la guerre dans le Pool, après avoir violé la constitution et réalisé son hold-up électoral. Et depuis, il règne par la peur, la terreur et la corruption. Les Congolais en savent quelque chose. Tétanisés, ils assistent les bras croisés à leur descente aux enfers. Mais qu’il est fort ce Mokoko, il avait tout prédit !

Encombrant prisonnier, que le clan au pouvoir craint de juger car il redoute de lui donner une tribune, d'autant que son dossier est vide, l'officier est promis, semble-t-il, à un arbitraire placement en assignation à résidence à Makoua, le village de ses parents. Pas sûr que cela suffise à faire pâlir l'étoile Mokoko.

Jean Jacques Morawa

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