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La paix des belligérants dans le Pool

politique
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Tribune libre

Les conclusions des travaux de la commission ad hoc paritaire rendues publiques le 20 janvier 2018 par le ministre de l’Intérieur Raymond Zéphirin Mboulou font hurler dans les chaumières, notamment la veuve et l’orphelin. Le landernau politique du Congo-Brazzaville est sans voix. Les leaders politiques ont perdu la langue. Le communiqué de Jean-Luc Malékat, organisateur du colloque de Nice « Nouveau Temps, Nouvelle vision », publié le 22 janvier 2018 est l’exception qui confirme la règle.

Des absences sans sens

Où sont passés les Mathias Dzon, Claudine Munari Mabondzo, Clément Miérassa, Guy Brice Parfait Kolelas, Guy Romain Kinfoussia, Jean Itadi, Serge Blanchard Oba, Christophe Moukouéké, Charles Zacharie Bowao, Tamba … Que pensent-ils de cet accord paritaire qui consacre l’impunité et banalise les tueries dans le Pool ?

Quelle est la réaction du chef de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala ? Claude Alphonse Nsilou et Joachim Banza, candidat à la députation dans la circonscription de Manza Ndounga, se murent dans le silence. Bernard Tchibambeléla et Théodorine Kolelas, députés du Pool sont aphones. Le député de Kindamba, Isidore Mvouba, a juste maugréé que le Pool était victime du messianisme politico-religieux oubliant d’indexer Sassou Nguesso comme le grand responsable du drame de la région du Pool. Aimé Emmanuel Yoka, député de Vinza, est aux abonnés absents. Il est surprenant que les émissaires triés sur le volet de l’ancien commissaire du gouvernement chargé de la réparation des séquelles de guerre n’aient pas posé sur la table des négociations la question de l’indemnisation des victimes et la construction des villages détruits par les miliciens cobras de Sassou Nguesso.

Echappée solitaire de Ntoumi

Comment expliquer cette omission ? Y avait-il des sujets tabous qu’il ne fallait pas aborder ? Dans un article prémonitoire, Patrick Césaire Miakassissa avait alerté sur le danger de l’échappée solitaire de Frédéric Bintsamou alias Pasteur Mtoumi. Les négociations étaient-elles circonscrites à certaines questions et pas à d’autres ? Quels sont les commentaires et les réactions de Massengo Tiassé et Gaston Nitou Samba qui étaient tombés à bras raccourci sur Gustave Ntondo qui n’avait pas soumis au Pasteur Mtoumi les conclusions avant leur publication ? Alors, cette fois-ci, le Pasteur Mtoumi a-t-il lu et corrigé les conclusions de la commission ad hoc avant qu’elles soient rendues publiques par Raymond Zéphirin Mboulou ? Pourquoi se terre-t-il dans le mutisme ? Franck Euloge Mpassi, Ané Philippe Bibi, Gustave Ntondo, Massengo Tiassé, Gaston Nitou Samba se satisfont-ils du rôle d’ambassadeur de Frédéric Bintsamou alias Pasteur Mtoumi de ces accords auprès des ninjas/nsiloulous et des populations du Pool ? Tout ça pour ça. Un nouveau job qui rappelle la fonction de commissaire du gouvernement chargé de la réparation des séquelles de guerre.

En dehors de la levée du mandat d’arrêt contre le Pasteur Mtoumi, qu’est-ce qu’il y a de nouveau sous le soleil ? Le silence de Monseigneur Anatole Milandou, Monseigneur Portela Mbuyu, Monseigneur Mizonzo, président de la Conférence épiscopale du Congo-Brazzaville, de l’Eglise protestante, des Eglises de réveil, de l’Islam du Congo-Brazzaville, de la société civile et des ONG est assourdissant, une semaine après. La communauté internationale qui a bouché les oreilles et voilé la face au plus fort des bombardements des populations du Pool par les hélicoptères de combat pilotés par des mercenaires ukrainiens s’est manifestée par l’arrivée à Brazzaville de Claudia Boyer, experte de l’ONU en désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), au lendemain de la clôture des négociations entre les émissaires du Pasteur Ntoumi et le gouvernement représenté par Raymond Zéphirin Mboulou. Simple coïncidence du calendrier ? Décidément, Denis Sassou Nguesso est le maître des horloges au Congo-Brazzaville. Aussitôt, Claudia Boyer a eu une séance de travail avec le ministre de la Formation qualifiante et de l’emploi, Nicéphore Antoine Thomas Fylla Saint-Eudes. Déjà, Sassou Nguesso assure la promotion des accords de Kinkala. Il en a parlé à Monrovia au Libéria à l’investiture de Georges Weah, nouveau président élu. En passant, Sassou a avalé des couleuvres à l’intronisation de Georges Weah où il était considéré comme un intrus. Existe-t-il des chances d’apporter des améliorations à ce texte dont le khalife d’Oyo assure le service après-vente à l’international ?

Que Sassou ne se méprenne pas. Les crimes commis dans le Pool ne doivent pas rester impunis sur l’autel de la politique.

Les trois bandits

La résolution de la crise du Pool laissée et abandonnée aux seuls soins de Denis Sassou Nguesso et Frédéric Bintsamou alias Pasteur Mtoumi suscite l’impression d’une démission générale et d’une connivence généralisée. Entre Denis Sassou Nguesso et Frédéric Bintsamou alias Pasteur Mtoumi, c’est : « je te tiens par la barbichette, tu me tiens par la barbichette. » Sassou Nguesso et Frédéric Bintsamou, faiseurs de guerre et faiseurs de paix ? Avant de mourir, Willy Matsanga lâcha :« Au Congo-Brazzaville, il y a trois bandits : Denis Sassou Nguesso, Frédéric Bintsamou alias Pasteur Mtoumi et Anicet Pandzou alias Willy Mantsanga. » Un bandit est décédé. Deux sont encore en vie. Feu Matsanga, député de Kinsoundi, ancien chef de guerre, savait de quoi il parlait.

Les conclusions de la commission ad hoc ont été rédigées sous la dictée et les conditions de Denis Sassou Nguesso. Personne ne dit rien même si ces accords ne disent rien sur l’essentiel. Le deuxième bandit, Ntoumi, ne dit plus rien alors qu’il avait posé plusieurs conditions avant d’entériner l’accord. Le chef rebelle exige, entre autres revendications, la libération des prisonniers politiques et la levée de l'interdiction du CNR, son parti politique.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, lorsqu’il y a un bandit de trop, il y a guerre de chefs. Serge Armand Zanzala a prévenu : « le risque d’un troisième épisode existe ». Pour notre plus grand malheur.

  Benjamin BILOMBOT BITADYS

Notre commentaire

Ntumi, une création du clan d'Oyo, demeure un allié objectif de Sassou. Le dictateur a besoin de Ntumi pour assouvir sa haine atavique contre le Pool. Le soi-disant pasteur est également son bouc émissaire qu'il utilise quand il lui faut se sortir d'une situation délicate sur le plan politique.

Quand on sait cela, on comprend que tant que Sassou sera au pouvoir, sa relation avec Ntumi consistera à faire prétendument la chasse aux Ninjas dans le Pool, puis à signer des pseudos accords de cessation des hostilités au détriment des populations du Pool. Il en sera toujours ainsi jusqu'au jour à Sassou n'aura plus besoin du pseudo rebelle.

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