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Comment Bouya le bétonneur veut tuer les rivières de Brazzaville

musikanda
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Depuis des dizaines d'années, les cours d'eau qui arrosent Brazza sont dans un piteux état. Entre carcasses de voiture, sacs et bouteilles en plastique, les déchets ménagers de toutes sortes encombrent aussi bien leur lit majeur que leur lit mineur. A la fois décharges publiques pour les riverains, et réceptacles de toutes les pollutions urbaines charriées par les eaux pluviales, ces cours d'eau meurent dans l'indifférence générale. Ni les habitants, ni les autorités locales, ni les associations de protection de l'environnement ne s'en émeuvent. Dans cette immense décharge à ciel ouvert qu'est devenue la capitale du Congo, personne, apparemment, ne sait qu'un cours d'eau est un milieu vivant particulièrement riche en biodiversité, qui, à plus d'un titre, participe à notre bien-être commun, à condition de nous préoccuper du bon état biologique et physico-chimique de l'eau.

Sous prétexte de protéger les riverains contre les inondations, Bouya, l'un des coffres forts ambulants de Sassou, s'improvise maire de Brazzaville et décide, à la place de Ngouélondélé, de bétonner toutes les rivières de la capitale. Comme si elles n'allaient déjà pas si mal, leur bétonnage (accélération de la circulation de l'eau, élévation de la température de l'eau, destruction des frayères, et donc perturbation des conditions de reproduction des poissons. Non seulement cette décision stupide tuera inutilement ces rivières en les transformant en immenses caniveaux sans vie, mais elle ne résoudra pas le problème des inondations à Brazzaville, et encore moins celui de leur assainissement.

Les inondations à Brazzaville (comme à Pointe-Noire) sont avant tout un problème d'urbanisme. C'est parce que dans ce pays non gouverné, on construit n'importe où et n'importe comment sans réflexion préalable que les lits majeurs des cours d'eau et les zones humides ou marécageuses (exemple la quasi-totalité de Moungali) utiles à l'expansion des crues sont couvertes d'habitations. Ces constructions édifiées en dépit de bon sens sont des obstacles à la libre circulation naturelle des eaux, et constituent de ce fait des éléments aggravants en cas de fortes intempéries. Les connaissances accumulées aujourd'hui en hydrologie et dans le domaine de la gestion des crues n'autorisent plus personne à bétonner les cours d'eau, de vieilles techniques qui remontent aux siècles passés.

Je ne dis pas qu'il ne faille rien faire pour assurer la sécurité des riverains, mais bétonner les rivières n'est absolument pas la solution. La solution (il n'y en pas qu'une d'ailleurs, mais plusieurs) consiste à mener la réflexion sur l'ensemble du cours de chaque rivière pour en apprécier la spécificité (densité du bassin versant, vitesse des crues, etc.) A partir de ces éléments de connaissances, on peut prendre plusieurs mesures dont les ouvrages de retenue, des zones d'alerte et des procédures d'évacuation. Il est également envisageable d'entreprendre ce que l'on appelle des travaux de génie écologique, c'est-à-dire la mise en œuvre des techniques permettant à la rivière de retrouver son cours naturel afin de leur redonner vie en facilitant notamment la libre circulation des poissons de l'aval à l'amont.

Quant aux habitations, les plus exposées aux crues sont à démolir, et leurs occupants à reloger ailleurs. D'une pierre, deux coups. Puisqu'il a des sous à dépenser, je suggère à Bouya d'en profiter pour donner une leçon d'aménagement urbain à son cousin (par alliance) installé depuis des lustres à la mairie de Brazzaville, en réalisant d'agréables promenades (cheminements piétions, pistes cyclables) et zones de loisirs (aires de jeux, terrains de sports) sur le foncier libéré le long de Madoukoutsiékélé entre Moungali et Poto-Poto. En plus de sauver nos rivières de l'agonie et de la mort, et aussi de préserver des vies humaines, il contribuera à l'amélioration -au passage de son image bien sûr- du cadre de vie des Brazzavillois.

Je reconnais malheureusement que l'imagination n'est pas le point fort des hommes au pouvoir au Congo, sinon notre pays et nos villes auraient un autre visage aujourd'hui. Mais il n'est pas interdit de rêver.

Musi Kanda

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