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Marien Ngouabi : un révolutionnaire oublié

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Marien Ngouabi qui se voulait révolutionnaire soutenant les masses laborieuses, fut Président du Congo jusqu’en mars 1977. C’est sous son règne que le Congo connut les premiers barils de pétrole sortis du sous-sol congolais. La répartition de cette manne fut publique et radiodiffusée, contrairement à l’opacité actuelle. Il dénonçait déjà la gabegie et les détournements des deniers publics. Il fustigeait, le néocolonialisme et l’impérialisme international.

Ancien élève des « enfants de troupes » qu’il appela « Cadets de Révolution », Commandant de son état, Marien, comme la rue l’appelait affectueusement, fut violemment assassiné, en plein jour, dans son Palais qui n’était qu’une résidence au sein de l’Etat-Major Général du camp militaire des parachutistes dont il faisait partie.

Son assassinat plongea le pays dans un bain de sang inouï entrainant avec lui le Cardinal Emile Biayenda et l’ancien Président Alphonse Massambat-Débat. En dépit des versions officielles peu convaincantes, les commanditaires de cet assassinat n’ont jamais été identifiés. Si un procès fut organisé à cet effet, les circonstances de sa mort demeurent floues. De nombreuses zones d’ombre subsistent. Cette énigme plombe considérablement le pays dans sa marche vers son épanouissement.

Mais en ce mois de mars de triste anniversaire, c’est la mémoire de ce révolutionnaire marxisant léniniste que fut Marien Ngouabi que nous évoquons. Dès 1966, Capitaine dans l’armée congolaise, il fait son entrée au Comité Central du MNR (Mouvement National de la Révolution). Ses vives critiques à l’égard du président Massamba-Débat sur les inflexions du socialisme bantou voulu par ce dernier lui valurent une mutation à Pointe-Noire. Il la refusa cette mutation et fut arrêté.

Remis en liberté, Il prend la tête de file de quelques officiers se réclament d’une politique davantage sociale. Suite à l’arrestation et l’emprisonnement de Massamba-Débat, le Conseil Nationale de la Révolution (CNR) se substitue au MNR devenant ainsi l’organe suprême de l’Etat en décembre 1968. Marien Ngouabi en devient, à 30 ans, le président et celui du Congo ipso-facto. Il trouve un pays économiquement viable où les secteurs primaires et secondaires sont florissants et prometteurs. Les services publics fonctionnent à l’envie et les entreprises publiques battent le plein. Le pays est dans le giron socialiste ouvrant ses portes à la Chine et à Cuba. Sous la bannière des pays dits non-alignés, les premiers pas sino-africains se déroulent au Congo.

Cet héritage fut à la fois un défi à relever et un formidable espoir pour l‘avenir du pays. Aussitôt, Marien Ngouabi entreprend une politique tournée vers l’Union Soviétique dont il s’inspirait. Il adapta dans la foulée les symboles du pays selon les codes socialistes de l’époque. Résistant aux tentatives de son aile droitière pro-occidentale, il dut faire face aussi à des tensions internes notamment au sein du PCT (Parti Congolais du Travail).

Davantage axée sur la phraséologie idéologique (marxiste-léniniste) au détriment de l’économie réelle, la politique de Marien Ngouabi finit par montrer ses limites courant 1972 avec les dissidents d’un côté et les maquisards issus de ses propres rangs, de l’autre.

Le 13 mars 1977, Marien Ngouabi fit son dernier discours devant les femmes de L’Union Révolutionnaire des Femmes du Congo (URFC) à la place de l’Hôtel de ville. Il y prononça une phrase chargée d’esprit de sacrifice et prémonitoire et peut-être d’actualité : « Quand un pays est sale et manque de paix durable, on ne peut le nettoyer et lui redonner sa paix qu’en le lavant avec son propre sang ». 

 Quatre jours plus tard, il fut assassiné. C’était le 18 mars 1977

Cet au cours de ce même meeting du 13 mars 1977 qu’il entama l’opération de réhabilitation publique son prédécesseur. Mais c’est au cours aussi de ce même meeting également que les gardiens du temple lui lancèrent leur ultimatum : « … si tu avances nous avançons avec toi. Si tu recules nous t’abattons ». Quatre jours après, il fut abattu. Où est donc l’erreur ? Et la suite est connue. 

 C’était le 18 mars 1977.

Pour mémoire, l’on retiendra d’abord la simplicité de l’homme que l’on voyait dans les quartiers populaires. Il n’était pas rare de le voir s’embourber dans une rue de Bacongo et solliciter les enfants qui s’amusant dans le secteur de le dégager de ce poto-poto. Il rendait visite et prenait conseil parfois auprès de son prédécesseur en qui il vouait une secrète admiration. Il ne s’affublait pas de noms et surnoms ou des adjectifs avec des superlatifs. Marien suffisait. Même si les femmes de l’URFC dansaient à l’aéroport ou aux meetings pour l’accueil, Il y avait de la sobriété en cet homme-là, quoi qu’on en dise.

Dans les lycées ou l’université, Marien Ngouabi y était présent régulièrement, contrairement à Sassou que l’on n’a presque jamais vu à l’université en presque quarante ans d’exercice du pouvoir. Mépris ou inconscience ? Toutefois, cela s’apparente à une sacrée raclée la jeunesse du Congo et par conséquent une insulte à l’avenir du pays.

Marien était capable de reconnaitre ses erreurs. Il est admis aujourd’hui que c’est en voulant réparer sa plus grosse bêtise ; celle d’avoir démis son prédécesseur Massambat-Débat et voulant le rappeler qu’il paya de sa vie.

Le Parti Congolais du Travail (PCT) fondé par Marien est devenu un monstre, une mer de corruption génératrice d’antivaleurs très éloigné des idéaux du père fondateur. Celui-ci se retourne chaque jour dans sa tombe au vu du comportement de ses descendants. Et pourtant, ces derniers se réclamaient, à sa mort, être ses fidèles continuateurs de son œuvre. Ils ponctuaient d’ailleurs leurs discours monocordes en jurant leurs grands dieux que tout était pour le peuple et rien que pour le peuple. Chiche.

C’est sur le plan international, notamment africain que Marien Ngouabi s’illustra en soutenant les mouvements de libération nationale. Il s’impliqua fortement dans la lutte pour l’indépendance de l’Angola en soutenant le MPLA d’Agostino Neto. Les colonies portugaises qui furent les dernières à demeurer sous la tutelle impériale durent également compter sur son activisme. Thomas Sankara en avait fait un modèle.

Les fidèles continuateurs de son œuvre, aujourd’hui préoccupés par d’autres intérêts proche de la contre-révolutionnaires n’ont-ils pas tendance à oublier ce révolutionnaire qu’est Marien Ngouabi ? Hommage à cet homme qui plaçait la jeunesse au cœur de son action et qui se souciait du savoir au point de repartir à l’Université qui porte aujourd’hui son nom. Signe de vision, en homme de science, il mena ses travaux de recherche pour sa thèse en énergie solaire.

Abraham Avellan WASSIAMA

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